Titus, Journal d’un confiné (27) -ambroise perrin

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Ambroise Perrin, jeudi 9 avril, suite…

  • on croirait un plouc ! c’est vrai, en tee-shirt bien large et pantalon de survêtement… je fais donc un déplacement au salon en mettant ma plus belle chemise blanche

 

  • dommage collatéral du confinement, l’asséchement prématuré des stabylos nécessaires au classement des extraits de compte (courriers en souffrance depuis 5 ans…)

 

  • conséquence collatérale du confinement, l’allongement des coups de fil, 2 minutes en durent maintenant 20, l’anxiété virale n’autorisant plus à interrompre les bavards (difficile de dire excuse-moi je dois y aller… où ça?)

 

  • tranquillement au téléphone alors qu’elle est toujours si occupée : j’ai allumé la télévision pour la première fois depuis 3 ans et j’y suis restée scotchée 5 heures sans interruption, c’est un formidable confinement permanent, ça rentre dans le cerveau, ça te gobe la pensée, tu ne cherches plus rien c’est fascinant, ça prend tout ton temps confiné et te vide l’esprit, la journée passe… formidable ! quand je serai bien vieille, au soir, à la chandelle, je serai assise à la télé tous les soirs…

 

  • petites histoires du confinement sur France Info : ce soir Flaubert qui s’enfermait comme un ermite à Croisset pour écrire (confinement de 5 années pour Madame Bovary)

 

  • Au bout de l’univers, va, cours te confiner / Et fais place à des cœurs plus dignes de régner   (Titus dans Bérénice) ; et plus loin, Où sont ces jours heureux que je faisais attendre, / L’Univers a-t-il vu changer ses destinées ? ; nommer Racine, sans masque, nouveau porte-parole du gouvernement ?

 

  • le professeur Jérôme Salomon qui dirige le comité scientifique prévient que le virus maltraite bien plus les gens obèses et en surpoids et pour eux se bouger est impératif (tout en restant confinés, on comprend bien)

 

  • il faut évoquer le déconfinement parce que la population est comme une cocotte minute et qu’il faut lâcher un peu de vapeur

 

  • je n’ai pas noté aujourd’hui le nombre de morts quotidien, mais l’augmentation est en baisse

 

  • au Danemark, autre approche, responsabiliser la population sans imposer de contraintes « parce que nous sommes en guerre », mais appliquer les mesures par auto-confinement; à la radio on fait le tour du monde

 

  • en France le ministre de l’Economie débloque 100 milliards d’euros pour soulager les finances des entreprises; il y a un siècle les hospitaliers travaillaient en faisant grève pour 50 millions d’achat de matériel

 

  • à Remiremont dans les Vosges, un libraire confie ses commandes de livres au marchand de légumes qui fait les livraisons à domicile

 

  • Couds-ci – Couds-ça, joli nom d’une réunion de dames d’Oberhaslach qui cousent des masques de protection coupés dans des nappes polyester et donc lavables, une cinquantaine chacune par jour, pour le personnel soignant et la police

 

  • rester à la maison c’est boire des litres de café : recycler le marc comme engrais pour les plantes ou comme dégraisseur des siphons d’évier

 

  • il faudra reprendre goût à la vie (un hôtelier-restaurateur)

à suivre…

BWV 244, Journal d’un confiné (26) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, mercredi 8 avril, suite…

  • virus or not virus, that is the question

 

  • un virus c’est pas une bactérie, il faudrait commencer à comprendre

 

  • maman disait on avait peur on est resté des mois à la cave à cause des bombardements (j’ai compris plus tard que c’était les avions américains sur la frontière avec l’Allemagne)

 

  • dans la vitrine de la boucherie, une lettre en papier bleu collée sur la devanture, merci à tout le personnel, je n’ai pas repéré tous vos prénoms mais j’ai vos visages et vos sourires en mémoire, vous mettez du bonheur dans nos vies de confinés

 

  • avant le confinement ? C’est comme si ce temps s’estompait… Flaubert, l’Education Sentimentale : Des années passèrent et il supportait le désœuvrement de son intelligence et l’inertie de son cœur

 

  • pas que mon âme ait à s’élever avant Pâques, la Passion selon Saint-Matthieu de Bach. Le sujet c’est l’abandon à la douleur (Duras ?) et peu m’en chaut, mais il y a un double chœur sans esbroufe, des arie da capo (comme chez les Beatles, des mélodies et des refrains qui s’entrecroisent magiquement), les yeux mi-clos, le virus pourrait nous priver de cela ?

à suivre…

Annonces mortuaires, Journal d’un confiné (25) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, mardi 7 avril, suite…

  • «l’action c’est la vérité, on pensera à l’après après» dit merveilleusement un toubib épuisé et philosophe. Si on cherche en contrôle continu un bon sujet pour le Bac…

 

  • le monde d’après ? Stephan Zweig a rédigé Le Monde d’Hier, hymne à une Europe pacifiée et solidaire nostalgique de l’avant guerre (celle de 14), livre qui regrettait en gros que plus rien ne puisse plus être comme avant.

 

  • quand le grand méchant virus sera terminé on fera un grand magique circus

 

  • impossible de retrouver le Gloria de Vivaldi qui est bon pour le moral, va pour les Saisons (ça s’écoute sans les entendre)

 

  • ce serait le bon moment de ressortir la platine pour les 33 tours, la collection de jeunesse d’avant confinement, les Beatles, les Stones, Pink Floyd, Deep Purple. Et en 45 tours, Rain and Tears et A Whiter Shade of Pale

 

  • le Parlement européen à Strasbourg va être transformé en centre de dépistage. Boris Johnson, journaliste bouffon, y venait au début des années 90 boire une bière dans les bureaux du service de presse.

 

  • et les belles limousines noires, plus de 100 voitures pour les déplacements des députés entre les Institutions à Bruxelles, seront prêtées aux infirmières, si j’ai bien compris le Président du PE

 

  • des caps. Des péninsules : 75 000 morts dans le monde. 10 000 dépassés en France

 

  • mon ami du Burkina Faso m’envoie une vidéo whats’app, 7 enfants morts après une vaccination anti coronavirus. Faux, après vérification auprès d’agences, rumeur infondée.

 

  • il y a encore plein de boîtes de conserve de réserve, pas trop périmées, qu’on n’a pas encore mangées, on peut encore tenir longtemps.

 

  • dans la boîte de la ponceuse, hallucination, un masque contre la poussière, bien épais ; ça date d’il y a 20 ans mais cela fera la blague… (expression qui veut dire qu’on n’en a pas d’autres, et ce n’est pas rigolo)

 

  • page 36 des DNA une attestation de déplacement dérogatoire à découper, au verso à la page 35 les annonces mortuaires

 

  • on prépare le déconfinement mais en même temps on met en place une nouvelle restriction, interdiction de faire du sport entre 10 et 19h. « On nous rétrécie » apprécie avec finesse une joggeuse à la radio

 

  • personne ne circule donc toutes les voitures sont garées, donc si tout le monde a trouvé de la place c’est que donc y’a pas de problème de stationnement et que donc le stationnement payant c’est de l’enfumage. Après, on vire Streeteo et on se débrouille tous seul dans le quartier (discussion au coin de la rue avec distances réglementaires) : oui on pense à l’après.

à suivre…

Mamies on vous aime ! Journal d’un confiné (24) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, lundi 6 avril, suite…

  • un chiffon à l’eau de javel passé tous les jours sur les poignées de portes et de fenêtres dans les escaliers de l’immeuble, merci voisine pour ces efficaces gestes de solidarité

 

  • l’ami hospitalisé depuis 11 jours, enfin des nouvelles : « toujours réa, intubé et coma artificiel, stationnaire, ni mieux ni pire ; inquiétant ». Attendre

 

  • l’habitude rend à banaliser le virus. Fait-on avec ?

 

  • il faut plus d’Europe, une Europe plus forte pour sortir de la crise dit Angela Merckel, toujours en quarantaine. Slogan martelé depuis plus de 20 ans par les pro-européens au Parlement européen. Boris Johnson en soin intensif

 

  • 863 décès de plus en 24h en France. La France ensoleillée, plein de promeneurs…

 

  • à Strasbourg les TGV deviennent des ambulances géantes

 

  • un papa fait auto-école dans la rue déserte, coup de frein, coup de frein ; aux fenêtres chacun est prêt à donner des conseils de conduite

 

  • sortie « légale » pour un footing, devant une maison de retraite magnifique ingéniosité d’une mamie juchée sur deux chaises empilées pour qu’on puisse la voir d’un balcon et pour dire à d’autres mamies que dehors on les aime toujours ; elles crient, c’est beau

 

  • rue Geiler le 56 est en face du 43

 

  • on les avait oubliés, un mec bourré, qui zigzague entre les clients de la marchande de journaux, « faites chier avec les masques, c’est même pas obligatoire alors, faites pas chier »

 

  • une dame à l’autre à deux mètres, «on pense qu’il a fait un petit AVC mais on ne va pas déranger maintenant l’hôpital…» ; une autre dame plus devant qui n’écoutait pas se retourne, «mais si il faut y aller tout de suite, c’est important, vous avez le droit, tout le reste continue»

 

  • le confinement permet de retrouver de vieilles connaissances qui n’ont pas vieillies, telle cette chère amie à Paris qui s’amuse d’habiter près de la Maison Ouverte où trône un panneau, « fermé temporairement »

 

  • Willem, le journaliste le plus succinct et le plus optimiste de Libération, dessin magique, un personnage confiné entre cinq livres ouverts, il lit et dit « l’horizon s’élargit » sous le titre : Enfin le temps de lire

 

  • à la radio tout semblait calme, les journalistes remplaçants « un peu maladroits » avaient remplacé pour le week-end les vieux routiers incisifs

 

  • « on est passé entre les gouttes, c’est en train de terminer ? »

 

  • le boléro en boucle d’autopromotion sur France Inter, y’en a marre (chaque musicien de Radio France dans sa cuisine ou son salon, bravo bravo)

 

  •  « les petites gens ont un cœur immense », les auditeurs ont la parole

à suivre…

Pahor, Ferdermann, Journal d’un confiné (23) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, samedi 4 avril, suite…

  • Là, ce week-end, on avait prévu d’aller à …

 

  • Volte-face, le nouveau vocable en boucle à la radio à propos des masques. Maintenant c’est bien d’en porter ! (mais il y a une ministre qui se vante de ne pas savoir comment le mettre)

 

  • Le panneau lumineux vert installé sur l’enseigne du pressing rue Geiler et consulté par tous les riverains, et qui donne le jour, l’heure et surtout la température ambiante, est éteint. Aussi ritualisé que les cloches de Saint-Maurice, débranché ou en panne ?

 

  • 3 milliards de confinés et moi, et moi, et moi… j’y pense et puis…

 

  • 5 personnes, groupe bien compact, déambulent. Petit air arrogant, on est ensemble, de la même famille

 

  • habillée fluo rose, elle se retourne vers le copain derrière dans la queue et lui roule un palot, regards circulaires, défi. Y’a du soleil

 

  • étudiant, ou durant ma carrière professionnelle, jamais je n’étais resté plus de 2 semaines dans la même ville !

 

  • Si je reste allongé toute la journée sur mon lit, aurais-je des sujets pour alimenter ce journal ? (en fait, pas le temps de lambiner)

 

  • L’ami psychiatre Georges Yoram Federmann se mobilise pour les sans abris, les «pèlerins de l’ombre», durant le confinement. Et il rappelle les propos de Boris Pahor à Strasbourg en 2015, l’écrivain rescapé du Struthof avait déjà survécu à la grippe espagnole en 1920 : les peuples épuisés risquent une autre peste ensuite, la peste brune…

 

  • coincé dans une petite maison isolée en Ardèche, ce copain ultra urbain : depuis le confinement, jamais je n’ai été autant dehors !

à suivre…

Chantons sous la pluie, Journal d’un confiné (22) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, vendredi 3 avril, suite…

  • le Bac Coronavirus sera-t-il comme le Bac Mai 68, considéré «avec un petit sourire»?

 

  • c’est le départ en vacances, au lieu de dormir dans ta chambre tu coucheras au salon sur le tapis la fenêtre ouverte

 

  • portes ouvertes aux euphémismes : les DNA titrent Les choix impossibles. Pas assez de lits à l’hôpital pour tous les malades

 

  • il paraît que le confinement c’est fini pour les moins de 65 ans… communication confuse…

 

  • le restaurant japonais ex chinois nourrit tout le quartier, toujours 4 ou 5 livreurs à vélo en attente sur le trottoir

 

  • le facteur pose son vélo : la semaine prochaine seulement deux fois, mercredi et jeudi

 

  • la marchande de journaux et surtout de tabac : je n’ai même pas le temps de prendre un café

 

  • invitation à participer à une conférence par vidéo. Quel bazar pour être tous ensemble chacun chez soi, cette application à installer avec une déferlante de publicités et autres clics parasites incontournables. Je sais, au-dessus de 14 ans (mon cas) on est paumé

 

  • les voisines absentes aux applaudissements : pas malades ?

 

  • peindre en blanc le mur aveugle du hangar voisin qui donne sur la cour, espace entre les rues Geiler, Wimpheling, Sleidan et Fischart, en un écran pour des séances de cinéma ; on passera les grillages, une fête de tout le quartier pour la sortie du confinement : choix possible, Singin with the virus, avec Gene Kelly et Debbie Reynolds (quand elle quitte le cinéma en courant, je pleure à chaque fois !) et le sublime Donald O’Connor, Make them Laugh ! (on en aura besoin !)

 

  • 1200 morts en une journée aux USA de la «grippe» de Trump ; makes him laugh ?

 

  • un entrepôt frigorifique des bouchers du marché de Rungis sert de morgue

 

  • pissenlits de hier, addenda : manger les pissenlits par la racine

à suivre…

Pissenlit, Journal d’un confiné (21) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, jeudi 2 avril, suite…

  • au milieu de la rue, couché, le chat du 30 prend le soleil

 

  • se lever à nouveau à 6h du matin, retrouver son bon vieux stress, le rythme de dingue, les journées infernales !

 

  • donnez-nous notre stress quotidien, pardonnez nos offenses comme nous pardonnons…

 

  • 17 journées déjà à observer ce qui pourrait être le fruit des langueurs de l’imagination

 

  • cette amie de Leipzig confinée à Bruxelles qui apprend qu’en Belgique les gps sont «tracés» pour suivre les déplacements : ça me rappelle ma jeunesse en DDR

 

  • 3 mois que le virus est identifié, à la radio l’immunologue interviewé répète «normalement, logiquement, c’est possible, ma position» ; bref on se sait pas tout, on ne sait rien (et le monde entier est un cactus)

 

  • plus qu’on apprend, plus… qu’on entend «la barre des 10 000 morts est atteinte»… cela devient presque abstrait, comme les mille milliards d’euros débloqués par la Commission européenne

 

  • deux enfants dans la cour, on dirait toute la crèche du coin en récréation, cris joyeux

 

  • ce diable invisible au cœur des ténèbres, l’apocalypse commence maintenant. Pourtant on parle déjà de déconfinement par tranches d’âge.

 

  • les patients… symptomatiques for the devil, hou… hou… pleased to meet you ?

 

  • dans la queue au Carrefour, ce client s’approche un peu près : vous pouvez reculer svp dit la dame en gant et masquée

 

  • les dénonciations à la police pour non confinement prolifèrent. Délation (ou acte civique ?)

 

  • les discussions pour les négociations pour le choix d’une date éventuelle pour le 2ème tour des municipales sont reportées

 

  • une deuxième tige du pissenlit du balcon a poussé. Il y a 2000 espèces distinctes de pissenlit dans le monde, le moindre souffle, anémochorie fatale, voit leur pappus duveteux et l’aigrette de leurs akènes s’envoler, comme d’invisibles messagers partout où le vent veut aller. Si on arrache un pissenlit il met 20 jours à repousser. Courage.

à suivre…

1000€, Journal d’un confiné (20) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, mardi 31 mars, suite…

  • Chacun chez soi ce n’est pas chacun pour soi, joli slogan

 

  • On est tout seul mais on pense aux autres

 

  • Le rendez-vous de 20h c’était le JT, tous les soirs les applaudissements à la place du rituel télévisé

 

  • Marcher au milieu de la rue : magnifique façade en grès rouge à l’angle de la rue Geiler et la rue de Reims, jamais vue avant

 

  • Démarchage téléphonique, j’ai gagné ! 10% de réduction en souscrivant de suite à l’assurance maladie xyz… si je vais à l’hôpital à cause du virus ? oui monsieur quelle est votre date de naissance ? La prochaine fois je profère des insultes avant d’annoncer que je raccroche

 

  • Un mot dans la boîte aux lettres, je résume : la Porsche noire c’est moi, c’est une II 3.0 SE Hybrid Platinium Tiptronic, j’adore les bagnoles, votre blog me fait rire, invitation à faire un tour quand le confinement sera fini

 

  • Retard à l’allumage l’Europe, chaque Etat prend ses propres mesures, mais maintenant c’est fini précise la journaliste à Bruxelles, la solidarité inter-Etat se met bien en place

 

  • 1000 euros défiscalisés pour « récompenser » ceux qui sont au front : récompenser, malheureux vocable pour ceux qui s’engagent avec leur sens des valeurs humaines, l’esprit de dévouement, la conscience aiguë du devoir. MERCI à eux !

 

  • Ambroise, un autre, Paré, le chirurgien qui accompagne le roi Charles IX en cortège à Lyon le 13 juin 1564. La peste fait rage, on meurt dans les rues, les morts et les agonisants sont entassés ensemble, les fossoyeurs, un clou de girofle protecteur dans la bouche et de jaune vêtu jettent les cadavres dans le Rhône. Catherine de Médicis demandera à Ambroise Paré le récit de ce voyage, la détresse absolue des malades, la ville totalement abandonnée par les magistrats et les apothicaires. Aucune conscience aiguë de leur devoir écrit-il !

 

  • Ce livre, Ambroise Paré la Main Savante, de Jean-Michel Delacomptée, évoque la stupide recherche d’un bouc émissaire, à l’époque l’ire de Dieu. Aujourd’hui le bouc c’est en boucle la faillite du pouvoir. La peste, c’était le chaos. Le coronavirus de 2020, c’est la solennité de l’engagement de l’Etat

 

  • Plein de poissons d’avril sur les réseaux, celui là, des sardines dans une boîte : « cette fois c’est vrai on pourra sortir dans 15 jours ? ». Le premier ministre a annoncé ce soir que la fin du confinement ne se fera que par étapes, chers voisins de balcon !

à suivre…

419 personnes âgées, Journal d’un confiné (19) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, mardi 31 mars, suite…

  • à la radio le journaliste ne dit plus «bonne soirée», mais répète «restez chez vous»

 

  • les 400 coups high tech ; ça commence l’école buissonnière numérique, Antoine Doinel et les élèves n’ouvrent plus les mails des profs

 

  • la fenêtre ouverte, surprise, on entend bavarder dans la rue ; à distance réglementaire, devant la boulangerie

 

  • les rideaux blancs lavés, ça fait gagner deux diaphs dans la chambre, je croyais qu’ils étaient gris nature

 

  • la Porsche noire n’est plus là, pas entendue partir

 

  • la lutte contre le virus est un sprint, mais un sprint de deux mois

 

  • des garagistes réparent gratuitement les voitures des soignants

 

  • des agences de voyage leur offrent des séjours gratuits, pour « après »

 

  • une lectrice : j’habite un immeuble fantôme, personne dans la rue, rien à 20h. J’attends colissimo toute la journée. Elle est bien votre rue Geiler

 

  • un lecteur : votre blog AFP Ambroise-Fiction-Presse, confiné c’est Alsacien-Forcément-Positif, merci

 

  • un ami : ma maman de 93 ans est toute seule, les premiers de corvées sont formidables, assistants sociaux du département et auxiliaires de vie, infirmières, kiné et même si besoin médecin, tous merveilleusement humains. Et ils me rassurent au téléphone.

 

  • le Président : il faut de l’humilité, il faut se serrer les coudes, il faut terrasser le virus. Jorge Mario Bergoglio (le Pape François) célébrera ce mois ci son saint patron, que l’on voit sur le tableau d’Uccello chevauchant un pommelé blanc cabré, sa lance en diagonale de la peinture pour terrasser le dragon. C’est Saint Georges. La chaire de l’église Saint-Georges de Haguenau raconte cette histoire, visite programmée dès la sortie du confinement (j’y étais enfant de chœur !)

 

  • on cherche des volontaires pour coudre des masques ? 10 000 réponses immédiates, couturiers et couturières aux aiguilles de grand cœur

 

  • toutes les pages locales des DNA sous un même toit, édition unique, on voyage dans toute l’Alsace, des transhumances de Willer-sur-Thur à l’école de musique de Rosheim qui assure « 84% » des cours à distance.

 

  • une page complète du journal avec sur 6 colonnes les grands anniversaires d’avril dans le secteur de Haguenau. J’ai compté 419 anniversaires, du jeune Vincent, 80 ans à Madeleine, 100 ans. On leur souhaite un joyeux confinement, sincèrement le meilleur possible.

 

  • demain, tout va bien ! … poisson d’avril !

à suivre…

Jacques Delors, Journal d’un confiné (18) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, lundi 30 mars, suite…

  • les applaudissements de 20h se font maintenant en plein jour, heure d’été, plus facile pour sourire aux voisins et échanger les adresses mails

 

  • questions pour un Balcon, parodie télévisée à lancer nous aussi côtés pairs et impairs rue Geiler… (mon papa était plus rapide que les candidats pour l’histoire et la géographie)… je suis … je suis…

 

  • après les applaudissements on se donne des nouvelles ; prouesses de la voix, parler fort sans déranger les autres sur leur balcon

 

  • maintenant quand on se téléphone, on commence par « tu sais qui est à l’hôpital ? »

 

  • un seau, une éponge et un flacon de produit lustrant, la femme de la Porsche noire lave sa bagnole !

 

  • les éboueurs de la ville en nombre réduit, ce sont les occupants de l’immeuble qui sortent les grosses poubelles, on a déjà organisé nos tours de rôle

 

  • nous nous organisons avec de petits ou de grands arrangements, alors que nous sommes face à un saut brutal, énorme, dans l’inconnu

 

  • Jacques Delors, 94 ans, sort de sa réserve, abasourdi par une Union européenne, dont il a été le plus notoire Président de la Commission, aujourd’hui quasi inaudible : face aux frontières qui se ferment et aux restrictions pays par pays, il faut plus de solidarité, le coronavirus est un danger mortel pour l’Europe !

 

  • le monde est hébété, le monde est à l’arrêt, le grand méchant virus est passé, tous mes amis vont trépasser… trouver une mélodie pour l’Eurovision

 

  • devant la mappemonde scotchée derrière la porte de la chambre je cherche les pays où j’ai voyagé. Pourra-t-on un jour à nouveau aller partout ?

 

  • une collègue kirghize m’envoie sa photo au bureau avec un masque

 

  • le parc de l’Orangerie est maintenant au bout du monde

 

  • les vidéos rigolotes ne font plus rire, elles encombrent

 

  • nos vies publiques et privées sont bouleversées. Et nos vies secrètes ? (Garcia Marquez)

 

  • la camionnette brune d’UPS dévale triomphante la déserte rue Geiler avec ses paquets à livrer

 

  • une Twingo se gare en double file devant la boulangerie !! nostalgie ?

 

  • une dame apostrophe ceux qui font la queue devant le Carrefour City : il y a des produits frais chez Bakou, Délices d’Alsace, en allant à St Maurice !

 

  • nous bloquerons la rue Geiler le jour de la sortie du confinement, on mettra des tables, avec musique, bons plats, bonnes bouteilles, embrassades ! Rue Sleidan ils feront pareil !

à suivre…

Miracles, Journal d’un confiné (17) -ambroise perrin

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Ambroise Perrin, samedi 28 mars 2020 ancienne heure, suite…

  • et notre solidarité avec l’Afrique ? ça commence là-bas ?

 

  • ça fait maintenant 3 jours qu’on n’a pas retrouvé les ciseaux de la cuisine

 

  • cette nuit à 3h il est 4h, le confinement nous fait perdre la notion du temps, alors l’heure de sommeil perdue, on la rattrape sur une heure confinée, c’est bien ça ?

 

  • une amie au téléphone, un ami commun hospitalisé : elle, elle a préparé des mots pour le Samu, les voisins de palier, ses filles, son ex, pour les pompes funèbres et petite cérémonie sympa.

 

  • un avion militaire allemand survole l’Alsace, il est venu chercher des malades pour des hôpitaux dans la Ruhr. Je pense à l’oncle vosgien qui était parti là-bas, en 1943, réquisitionné pour le STO

 

  • le lilas dans la cour commence à fleurir

 

  • des vocalises au loin, un chant ou une agonie, la fenêtre ouverte ?

 

  • le gros con à la Porsche Cayenne a repris ses tours de quartier. Ce n’est pas lui au volant mais une femme

 

  • le monsieur qui mendie affalé à l’entrée du Carrefour City (ex Coop !) s’est endormi, son masque est tombé

 

  • dans la queue on écoute les conversations au téléphone de ses voisins d’attente

 

  • le monsieur deux personnes devant moi : c’est l’escalade mon vieux, c’est l’escalade

 

  • la dame juste devant moi (deux mètres !) arrive à parler sans qu’on l’entende

 

  • on lève les yeux, tiens il y a une dame dans un transat sur son balcon ensoleillé. Elle porte une marinière. Lit-elle Georges Perec ?

 

  • je suis passé mille fois devant, je n’avais pas vu que les chiens assis avaient été transformés en grande verrière, vitres et tôle galvanisée

 

  • radio, 15 jours de plus annonce le premier ministre. Des sociologues enchaînent en évoquant déjà «l’après» et ses conséquences «sociétales»

 

  • entre les deux ailes des immeubles à l’arrière, 80 minutes chrono de soleil vers midi, rituel d’un café les yeux fermés pour prendre une bonne dose de vitamine D. Puis c’est l’ombre

 

  • un pissenlit, mauvaise herbe non arrachée dans le bac à géranium patrimoine alsacien oblige ; en une nuit une tige a poussé, je sème à tout vent, fragile boule nuageuse Larousse transparente, magnifique

 

  • conférence de presse d’Edouard Philippe et experts médicaux pendant une heure et demi, scotché à suivre sur le petit écran de l’iPhone (on n’a pas la télé)

 

  • une vidéo terrible tourne, montage d’une succession de propos apaisants tenus il y a 15 jours par des politiques et des experts, tout va bien, pas chez nous… s’ils se réécoutent, on les plaint !

 

  • Un chiffre au vol à la radio : 6500 morts en Espagne, 838 hier

 

  • 4600 lits d’hôpital fermés l’an passé en France, des milliers d’autres les années précédentes, en raison des équilibres financiers ; on ne se bat pas seulement contre le virus, dit ce toubib, mais aussi contre la logique qui a fait que le virus soit un tel défi. Les moyens qui nous manquent depuis des années, on ne va pas les avoir en 3 jours. Etre en guerre ne fait pas des miracles.

Fierté des ouvriers, Journal d’un confiné (16) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, vendredi 27 mars 2020, suite…

  • dès que ce bordel sera fini, je vais me faire 4 ou 5 jours tranquille à la maison.

 

  • traumatisé, je me lave les mains quand je change de pièce

 

  • alors que tant de gens meurent «par hasard», il y a comme une indécence à faire des projets. L’avenir c’est un jour de plus, «quel que soit le prix»

 

  • moi toujours si critique pour tout, je ne supporte plus ceux qui écrivent qu’ils ne supportent plus ceux qui sont aux responsabilités

 

  • où sont confinés Sarkozy, Hollande et Giscard ? (Balkany lui a annoncé aux agriculteurs qu’il est volontaire pour aller faucher du blé) c’est pas de moi mais trop drôle !

 

  • nous nous plions à de nombreuses contraintes surpassant les libertés individuelles mais justifiées par la Crise. Il faudra être super vigilant quand le foutu virus aura disparu, pour retrouver notre fronde, notre arrogance, le refus des conventions, l’anticonformisme, les critiques impulsives et injustes, les gauloiseries, le mauvais goût, les essentiels blasphèmes, le plaisir de dire merde, la liberté. I have a dream…

 

  • au coin de la rue un jogger s’arrête pour répondre au téléphone : tu t’es déjà fait arrêter ?

 

  • au balcon la dame sérieuse parle à celle du bas pour faire cette confidence, c’est vraiment bien de rester à la maison je crois que je n’aurai plus envie de retourner travailler, vive la guerre !

 

  • Oh ! What a Lovely War, film bien antimilitariste en 1969 de Richard Attenborough

 

  • Ah ! Que la guerre est jolie, avec ses chants ses longs loisirs, cette bague je l’ai polie, le vent se mêle à vos soupirs, Adieu ! voici le boute-selle, il disparut dans un tournant, et mourut là-bas tandis qu’elle, riait au destin surprenant. Guillaume Apollinaire Kostrowitzky, Calligrammes, l’Adieu du cavalier (c’était au milieu de la Guerre de 14)

 

  • fierté des ouvriers qui fabriquent 24h sur 24 les petites bouteilles en plastique pour contenir du gel hydro alcoolique, fierté de participer à l’effort général ; solidarité à tous les étages

à suivre…

La messe à Coviland, Journal d’un confiné (15) -ambroise perrin

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Ambroise Perrin, jeudi 26 mars 2020 au soir, suite…

  • Des ambulances vers la clinique de l’Orangerie, au bout de la rue Geiler… Coviland, c’est le nom donné aux étages « réservés » de l’hôpital

 

  • Toujours ma voisine de balcon : pour la première fois de ma vie, 6 jours de suite sans me maquiller !

 

  • Ma cafetière est en panne, impossible j’imagine de trouver quelqu’un pour la réparer (mais je vais me débrouiller)

 

  • Et oui, ça y est, j’ai réussi à réparer la cafetière moi-même

 

  • Une chaîne de 1 million de Je vous salue Marie pour combattre le coronavirus ; on devrait aussi sacrifier des moutons sur les balcons, couper des bouts de zizis pendant les applaudissements. Le virus a-t-il pénétré les Caves du Vatican ?

 

  • Si les religieux s’en mêlent, on est foutu, au secours Charlie Hebdo !

 

  • Vite, des blasphèmes !

 

  • Des soignants d’un EHPAD décident de rester confinés avec leurs patients âgés 24h sur 24 pour ne pas risquer de faire entrer le virus : la beauté pure de l’âme humaine

 

  • Masques en masse, promesses ; on dirait un nom de code, comme coke en stock

 

  • L’Europe au secours (vraiment ! des milliards) de l’économie. Et ceux qui ont voté contre l’Europe, ils disent quoi ?

 

  • 20h, applaudissements, guère plus long qu’une minute de silence. Et comme à la messe, ça commence avec deux minutes d’avance, mais maintenant nous sommes des habitués sur nos balcons, toujours les mêmes, nous nous saluons…

 

  • une fille de 16 ans meurt du coronavirus : ce ne sont plus que « les vieux »

 

  • la débrouille dans les superettes, des panneaux plexiglas bricolés devant les caissières contre les virus sauteurs

 

  • vider le congélo, bonne idée ? peut-être garder des réserves ? encore combien de temps ?

à suivre…

 

Choléra, Journal d’un confiné (13) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, mercredi 25 mars 2020, suite…

 

  • Je laisse la parole à un confiné que je lis beaucoup, Gustave Flaubert ! En 1850 il est en quarantaine à Beyrouth en raison d’une épidémie de choléra ; il est en route pour une « expédition scientifique » en Egypte avec son ami Maxime du Camp qui y fera les toutes premières photographies de pyramides. Flaubert s’ennuie, (cent ans de solitude) c’est un voyage de plus d’un an, sauf quand il rend visite à des danseuses… lascives (l’amour au temps du choléra). En fait il cogite déjà le scénario de Madame Bovary et prend le temps d’écrire des lettres. Voilà, à sa cousine Olympe Bonenfant, le 23 juillet 1852. (voir le site Flaubert -merci Yvan Leclerc- de l’Université de Rouen)

 

  • «Nous sommes en ce moment en suspicion de choléra parce que le paquebot qui nous a amenés d’Alexandrie ici avait touché à Malte et qu’à Malte quinze jours auparavant il y avait eu deux cas de choléra. Conséquemment nous sommes claquemurés dans une presqu’île et gardés à vue – L’appartement dans lequel je t’écris n’a ni chaises ni divans ni table ni meubles ni carreaux aux fenêtres – on fait même petit besoin par la place des carreaux des dites fenêtres, détail que tu trouveras peut-être superflu, mais qui ajoute à la couleur locale – il n’y a rien de plus drôle que de voir nos gardiens qui communiquent avec nous à l’aide d’une perche, font des sauts de mouton pour nous éviter quand nous les approchons, et reçoivent notre argent dans une écuelle remplie d’eau – hier au soir, Sassetti a manqué faire à l’un d’eux dégringoler l’escalier à grands coups de pied dans le bas des reins – Pour nous purifier cet imbécile était venu nous empester avec des fumigations de soufre. Notre malheureux groom était déjà presque asphyxié et toussait comme cent diables enrhumés – Quand on veut leur faire des peurs atroces, on n’a qu’à les menacer de les embrasser – ils pâlissent – En résumé quoique nous soyons présentement dans un local de nom funèbre nous rions beaucoup – d’ailleurs nous avons sous les yeux un des panoramas comme on dit en style pittoresque des plus splendides du monde – la mer bleue comme de l’eau d’indigo bat les pieds du rocher sur lequel nous sommes huchés. Elle est si transparente que lorsqu’on descend au bord, on voit dans l’eau nager les poissons, et remuer au fond les grandes herbes et les varechs qui s’inclinent et se redressent au mouvement des vagues.» (Lettre de Flaubert à Olympe Bonenfant, du lazaret de Beyrouth, 23 juillet 1850.) En ligne: https://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/correspondance/trans.php?corpus=correspondance&id=13630

 

  • Les monuments ou les varechs, Flaubert a toujours aimé les érections. Il y a un livre formidable, Flaubert en Egypte, de Pierre-Marc de Biasi, à lire enfermé dans une pyramide

à suivre…

Football, Journal d’un confiné (12) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, mardi 24 mars 2020, bien tard, suite…

  • Je me souviens du très beau titre d’un recueil de nouvelles de Raymond Carver, traduites par Jean Vautrin, Les Vitamines du Bonheur

 

  • Comment ne pas s’effondrer lorsqu’on apprend que quelqu’un de plus cher est (peut-être ?) contaminé ?

 

  • Polémique sur l’ouverture des marchés en plein air… au début du confinement on se dit que c’est le bon moment de vider le congélateur ; maintenant, faire des réserves ?

 

  • Y’a-t-il à nouveau des pâtes et du PQ au Carrefour Express du bout de la rue ?

 

  • Dans la file : passez devant monsieur… merci mademoiselle… normal, vous êtes plus âgé ! terrible, le virus donne vraiment un coup de vieux ?

 

  • La marchande de journaux vend 30% de plus de cigarettes, non que les gens s’ennuient et fument plus, mais parce que la frontière avec l’Allemagne, où c’est moins cher, est fermée

 

  • Le client derrière moi : excellent, la fumée, pour brûler le virus dans les poumons. Il a l’air sérieux.

 

  • Trois agents de police sortent d’une voiture banalisée, sans masque, arrêtent une voiture : le conducteur semble de bonne foi : mais je porte des gants, ça va !

 

  • De faux gendarmes donnent de fausses amendes de 135 euros à payer immédiatement sur place.

 

  • Lettre recommandée avec accusé de réception pour un rappel de PV de stationnement (que j’ai contesté, en vain bien-sûr) ; bravo l’administration fiscale, vous vous ennuyez ? J’imagine les zélés fonctionnaires jubilant en télétravail à traquer les retards de paiement (en principe il faut payer avant de contester !)

 

  • La vie continue

 

  • Strasbourg capitale européenne, mais les Européens, selon leur « nationalité » vivent le virus bien différemment. Quelle occasion manquée de surmonter les nationalismes pour un combat commun harmonisé contre le coronavirus

 

  • 17 janvier 1995, François Mitterrand dans l’hémicycle du Parlement européen à Strasbourg (j’y étais !) : le nationalisme c’est la guerre !

 

  • Emmanuel Macron, six fois de suite : nous sommes en guerre !

 

  • Ton Prof en Pyjama, chaîne lancée sur You Tube par une strasbourgeoise. De mon temps (avant le virus) les profs portaient obligatoirement la cravate et une blouse grise, sauf en sciences nat’, elle était blanche.

 

  • la FDSEA a besoin dans le Nord de l’Alsace de 800 paires de bras pour récolter les asperges –à deux mètres de distance- et remplacer les étrangers bloqués à la frontière. Sympa la fédération promet gel et masques. Y’a un stock ? Elle offrira aussi une botte à chaque infirmière

 

  • Le Paris-Saint-Germain (c’est un club de football) fait un don de 100 000 € au Secours Populaire pour les plus précaires

 

  • Liste des salaires mensuels, hors primes et hors gains publicitaires (source : l’Equipe, quotidien sportif de référence) de 10 joueurs du Paris-Saint-Germain ; ça va prendre quelques lignes : Neymar, 3,06 M€ par mois (oui, millions) ; Mbappé 1,91 M€ ; Silva 1,5 M€ ; Cavani 1,345 M€ ; Marquinhos 1,2 M€ ; Verratti 1,2 M€ ; Di Maria 1,1 M€ ; Navas 1 M€ ; Icardi 800 000 M€ (seulement) ; Parades 750 000 M€ ; Perrin Ambroise non communiqué M€ (c’est une blague, j’ai jamais marqué un but)

 

  • merci pour ce don

 

  • rigolos, la générosité et l’indignation

à suivre…

Sans-Abri, Journal d’un confiné (11) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, lundi soir 23 mars 2020, suite…

  • pas dehors depuis 2 jours. Je sors chercher les journaux, 13 minutes en marchant vite, attestation en main. On croise d’autres piétons, on s’écarte ostensiblement, regards entendus, presque complices et, même sourire dans l’adversité

 

  • sauf cet imbécile arrogant qui s’approche sans ciller ni dévier de sa ligne et qui vous croise d’un regard qui dit « pauvre con »

 

  • Robert de Niro dans un spot télévisé supplie les Américains de rester chez eux, contredisant Trump qui s’inquiète surtout de la chute de l’économie et de ses affaires ; il conclut en plissant des yeux comme dans The Deer Hunter, Voyage au bout de l’enfer, « I’m watching you », je vous surveille

 

  • Voyage au bout de la nuit, aussi avec un salopard de virus, la haine des juifs

 

  • relu du coup à l’instant un chapitre au hasard, qu’est-ce que c’est bien écrit !

 

  • devant le Carrefour Express, une queue de 28 personnes, soit 50 m sur le trottoir ; il est toujours là le monsieur qui propose un seul exemplaire chiffonné de la revue Sans-Abri 2018, mais le monsieur porte un masque pour demander une pièce, bonjour madame, au revoir madame

 

  • je lis « Macron en visite chez les SDF c’est Clemenceau dans les tranchées »

 

  • donner du sens, comme un sémiologue, signifier la solidarité de la nation, de nous tous citoyens. Je me souviens qu’Emmanuel Macron, alors ministre, avait cité à l’Assemblée nationale le poète latin Terence, connu pour ses formules brillantes et en même temps sa réflexion philosophique et morale.

 

  • donner aussi une pièce

à suivre…

Flaubert, Journal d’un confiné (10) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, lundi 23 mars 2020, suite…

  • salut ! tu étais où ce week-end ?

 

  • appel aux coiffeurs et coiffeuses : une vidéo pour se couper soi-même les cheveux devant une glace

 

  • des textes (sans mention de source évidemment) diffusent des rumeurs de couvre-feu, d’armée au coin de la rue etc. Réponse d’un conseiller politique de mes amis «bien informé» dans les arcanes du pouvoir: bientôt obligation de sortir uniquement entièrement nu (avec l’attestation en main) car le virus fusionnerait avec le coton.

 

  • on va vieillir plus lentement en restant à la maison

 

  • envie de voir des westerns avec de grandioses paysages

 

  • Blablacar réservé pour faire l’aller-retour salon – salle de bain

 

  • jouons ! Et si le confinement avait commencé … 3 jours avant votre mariage ? la veille de votre accident de voiture ? la semaine de votre bac ? pendant vos vacances sur une île déserte ?

 

  • quand Sarkozy était président, les journalistes avaient lancé une boutade, 24h sans parler de Sarko. Une journée sans parler du virus ? (pas sympa pour Sarko, je sais…)

 

  • un autre jeu : toi tu choisis le mot confinement, moi coronavirus : on allume la radio… et le premier dont le mot est prononcé a gagné (je sais l’heure est grave, alors jouer ??)

 

  • tous ces téléspectateurs seuls devant leur poste. La solitude. Le solitaire a besoin de s’identifier à un double, un personnage qui lui ressemble et pourtant le magnifie

 

  • oubliez enfin les milles raisons qui vous retiennent où vous êtes, ou apprenez-moi à vivre où vous n’êtes pas. Quand les blessures sont mortelles, tout secours devient inhumain. Nous entretenons de « dangereuses liaisons », aussi avec le confinement

 

  • l’Unesco met gratuitement sa bibliothèque numérique en ligne, 19147 articles en français sur 193 pays entre 8000 ans av J.-C. et 2000. https://www.wdl.org/fr  J’ai cliqué sur « Flaubert », 4 articles passionnants. J’ai cliqué sur « coronavirus », 0 résultats. C’est rassurant ?

à suivre…

au Balcon d’Alphaville, Journal d’un confiné (09) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, dimanche 22 mars 2020, suite…

  • 22 mars, bonjour Cohn-Bendit !

 

  • Kenny Rogers, la star de la Country music, est mort hier. Je rêve de louer une Ford Torino V8 vert foncé et de parcourir tous les états des States d’un festival à l’autre

 

  • dimanche dernier j’étais assesseur du Bureau de Vote de la Grange-aux-Dîmes à Wissembourg… 573 votants sous mon nez dans la journée, c’était il y a un siècle

 

  • allocution répétée du ministre de la santé qui courtoisement défend ses prédécesseurs. Politesse balayée par un grand ponte toubib : non on n’en est plus là, cela fait tant de temps qu’on alerte sur le manque de moyens…

 

  • médecins, infirmiers, soignants, policiers, gendarmes, pompiers, ambulanciers tous des héros en blouse blanche ; « tu veux faire quoi quand tu seras grand ?»: vocations stimulées…

 

  • faire la liste de toutes les initiatives individuelles de solidarité, imprimer des attestations, prêter sa voiture à une infirmière, apporter des repas à l’hôpital etc.

 

  • Mulhouse de la région Grand Est à la radio… on ne dit plus en Alsace

 

  • les Dernières Nouvelles d’Alsace le dimanche à la boulangerie

 

  • à la Une, manchette : à Sierentz un client achète 583 boîtes de conserve d’un coup. Et un commerçant les lui a vendues ?

 

  • Huguette Dreikhaus titre son billet d’humeur : Ce soir, j’ai balcon. Super humour pour applaudir la bravoure du personnel médical

 

  • un gars qui se promène à 20 heures lève les yeux et crie : ça ne sert à rien d’applaudir il n’y a même pas d’infirmière dans la rue !

 

  • ma voisine de balcon : heureusement que la connerie n’est pas remboursée par la sécurité sociale

 

  • serons-nous tous moins cons à la sortie de l’épidémie ?

 

  • encore la radio, des témoignages de solidarité : nous ne sommes pas des individus mais des personnes, des gens

 

  • une voisine sonne à la porte : « recule d’un mètre ! », elle est complétement bourrée: « j’ai pas peur de crever du virus !» et elle tourne les talons, s’enfuit

 

  • trois heures du matin, j’improvise un croque-monsieur, ce n’est pas le bon pain, pas de gruyère, pas de jambon en tranche, mais c’est pas mal

 

  • France Culture fait la classe à la radio

 

  • un médecin hospitalier soignant vient de décéder

 

  • 1000 morts de plus en Italie

 

  • Les drones Big Brother survolent la ville (ce n’est pas le titre d’un film de science-fiction, c’est déjà vrai à Paris)

 

  • on brûle encore des voitures dans les cités le week-end. « on» ?

 

  • l’amende pour sortie sans attestation passerait de 35 à 1500 €. Dissuasif pour «on» ?

 

  • un auditeur en direct au Téléphone Sonne de France Inter, l’amende serait de 25000€ en Allemagne, la journaliste incrédule fait répéter

 

  • dimanche ; quelle est votre religion ? Je crois aux données immédiates de la conscience, Alphaville, Lemmy Caution, Eddie Constantine. Ville déshumanisée. Godard cite Borges et Bergson, Nietzsche et Éluard

 

  • quel âge à Godard ? (89 ans)

 

  • la répression, des amendes ou des appels à la conscience ?

 

  • La Fontaine, les Animaux Malades de la Peste : ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. Le lion tint conseil. Voyons sans indulgence l’état de notre conscience. Je me dévouerai donc, s’il le faut. (1678)

 

  • 16h50, les cloches de St Maurice à toute volée, le glas ?

 

  • le soleil de retour, ouvrir la fenêtre, se pencher pour avoir le visage au soleil, fermer les yeux, attendre…

à suivre…

Pommard, Journal d’un confiné (08) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, samedi après-midi 21 mars 2020, suite…

  • les barbus, voilà les coupables ! Les postillons, les microbes, tout va dans la barbe ! Il faut raser les barbus pour combattre le virus ! Comme les femmes qui couchaient avec les Allemands ? Non, ça n’a rien à voir, juste l’image d’une foule vengeresse les ciseaux à la main

 

  • je crois aux forces de l’esprit avait conclu Mitterrand pour ses derniers vœux de Nouvel An

 

  • des boulangers de Colmar offrent des croissants chaque matin au personnel hospitalier. Ce n’est pas grand chose mais c’est sympa

 

  • les maires interviewés sur France Info disent des trucs censés et humains ; le virus a tué la langue de bois

 

  • la gestion des cadavres… charnier… des images de la dernière guerre

 

  • la construction de l’hôpital de campagne militaire a commencé ce matin à Mulhouse. On en parle depuis une semaine, les chinois eux…

 

  • vous avez de bonnes bouteilles à la cave (descendre sans croiser les voisins) ; version pessimiste, commencez par les meilleures ; version optimiste, commencez par les meilleures

 

  • le confinement sera terminé plus vite que votre cave à vin

 

  • les mains… dès que je touche quelque chose dans l’appartement, envie d’essuyer, besoin de me laver au savon

 

  • il y a comme une jubilation à se soumettre à une ritualisation ; entrer dans le moule

à suivre…

Il pleut, Journal d’un confiné (07) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, samedi matin 21 mars 2020, suite…

  • 12 morts dans un seul EHPAD, nouvelle terrible, le moral va baisser…

 

  • en Italie, 400 morts par jour, l’enfer

 

  • radio, le journaliste jubile à l’idée de mettre en prison les contrevenants récidivistes, ceux qui ne respectent pas le confinement, et pose la grave question pleine d’humanité des policiers qui font leur travail, risqué, de les arrêter

 

  • des policiers sanctionnés par des gendarmes pour manque « d’attestation de déplacement dérogatoire » sur eux

 

  • c’est bête, j’ai pleuré en applaudissant hier à 20h

 

  • je me souviens d’un film formidable de Robert Wise, The Day the Earth stood Still, le Jour où la Terre arrêta de tourner ; je me souviens d’autres larmes, en cachette, quand j’ai lu Tombée du ciel dans la Bibliothèque Rouge et Or

 

  • j’ai aussi pleuré en lisant Sans Famille (en 2 tomes, collection Nelson, je les ai toujours) d’Hector Malot, rangé quelque part, sur la première jaquette Rémy marche dans la neige avec ses chiens, sur l’autre il est au fond d’une mine inondée…

 

  • confiné, retomber en enfance, ou plutôt, retrouver l’enfance ?

 

  • il pleut

 

  • le « corona-million », le jeu avec des gagnants qui remportent ½ heure, 1 heure ou avec les 6 numéros dans l’ordre une journée entière pour sortir se promener dans la forêt ! Quand le soleil sera revenu.

à suivre

Le flou, Journal d’un confiné (06) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, vendredi 20 mars 2020, suite…

  • passer du temps sans porter mes lunettes de vue (j’ai des lunettes depuis l’âge de 4 ans à l’école maternelle, je n’ai jamais joué au football pour ne pas casser mes lunettes)

 

  • le flou isole bien, on est encore plus seul, comme si l’on devenait sourd

 

  • il y a du beau soleil mais c’est comme si je culpabilise d’être dehors ; je me rends compte que j’ai perdu mon attestation tombée en marchant, de la poche arrière de mon jeans, je la retrouve sur le trottoir en revenant du marchand de journaux, heureusement je n’ai pas été contrôlé.

 

  • je fais un calcul de tout ce qu’il y a dans les rayonnages, ici, les bibliothèques à Wissembourg et Bruxelles, les cartons pleins, partout, peut-être cinq, ou dix mille bouquins, il me faudra un siècle de confinement

 

  • heureusement je radote comme Cocteau : les livres ne sont pas fait pour être lus, mais pour être là

 

  • je prends dix livres au hasard : pas un qui ne me soit inconnu

 

  • jouons au confinement, je me fais des piles de dix livres, et je ne lis que les pages 13 (je suis né un vendredi 13 mars) : très marrant le cadavre exquis. Et bien-sûr envie de tricher, lire avant et après.

 

  • l’argent sale ? les pièces rendues par la marchande de journaux portent-elles le virus ?

 

  • ronron des témoignages à la radio, « allô Macha » c’est loin… empathie des journalistes, les bons sentiments dégoulinent, qui oserait se moquer ?

à suivre…

Veste, Journal d’un confiné (05) -ambroise perrin

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Ambroise Perrin, jeudi midi 19 mars 2020, suite…

 

  • échanger des DVDs avec les voisins, comme dans la séquence des lépreux de Ben Hur, on descend un panier d’un balcon à l’autre

 

  • je sors acheter les journaux, est-ce toujours un produit de nécessité ?

 

  • avenue de la Robertsau, la boutique. En fait c’est ouvert uniquement pour les jeux de loto et de grattage. Y’a plus ni le Canard ni Charlie, je me fais presque engueuler, je demande un « virus gagnant » à gratter, personne ne rigole (on est trois faisant semblant de garder nos distances)

 

  • presque content de remonter dans l’appartement après 10 minutes dehors, comme retrouver un havre.

 

  • je redécouvre le plaisir de recoudre un bouton ; je ressors ma veste en velours grise, la poche et la doublure déchirée sur 15 cm, je vais faire la reprise méticuleusement

 

  • les costumes remisés dans la penderie, je ressors des tee-shirts pas mis depuis des années

 

  • qui s’inquiète de moi ? finalement personne, j’ai envoyé quelques messages, je n’avais rien à dire. Et souvent en réponse un dessin humoristique ou une vidéo dérisoire

 

  • les inconscients qui ne respectent pas les consignes et se baladent dehors : les suivre à la trace de leur téléphone portable. Les salauds (parce qu’ils légitiment le flicage, on va bientôt applaudir les mesures fachos)

 

  • plus qu’un seul repas par jour, le soir ; pourtant on a le temps de cuisiner

 

  • A la Recherche du Temps Confiné

 

  • A l’instant une Porsche Cayenne noire tourne à toute vitesse dans le quartier ; on va aux fenêtres ouvertes observer. Ce n’est pas un petit con mais un gros con, on le connaît, il possède plusieurs commerces, il profite des rues désertes.

à suivre…

 

Pyjama, Journal d’un confiné (04) -ambroise perrin

https://afp-ambroise-fiction-presse.com/2020/03/19/journal-dun-confine-mardi-17-mars-2020-midi-ca-commence/

Ambroise Perrin, jeudi matin 19 mars 2020, suite…

  • fini les coiffeurs, tous les garçons auront les cheveux longs, hippie-confinée-génération

 

  • où ai-je mis mon exemplaire des Matins Bruns ?

 

  • plus personne dans les rues, les oiseaux reviennent

 

  • arrêter de répondre du tac-au-tac aux e-mails et whats’app

 

  • les voisins bricolent dans l’immeuble fenêtres ouvertes et font un boucan infernal

 

  • ne pas rester en pyjama, s’habiller

 

  • aujourd’hui laver les carreaux de tout l’appartement (pas fait depuis au moins 5 ans)

 

  • de quoi parlerait France Info et France Inter s’il n’y avait pas le virus ? quelle actualité dans le monde ?

 

  • idée, diffuser les journaux radio (et télévisés ?) d’il y a un an ! Rechercher dans les piles de quotidiens et de magazines à côté du lit ceux de 2019

 

  • un auditeur à la radio, je vais voir ma copine deux ou trois fois par semaine, et bien-sûr ma femme ne le sait pas, c’est avec elle que je suis confiné, comment je fais?

 

  • la culture l’emportera toujours, je lis de belles chroniques dans Libération et Le Monde

 

  • jamais je n’ai autant arrosé les plantes, sur l’étagère de la cuisine et au balcon

 

  • la météo annonce du beau temps ! on s’en fout ! cyniques oiseaux de malheur !

 

à suivre…

Tintin, Journal d’un confiné (03) -ambroise perrin

 

Ambroise Perrin, mercredi 18 mars 2020, suite…

 

  • on n’a plus d’heure ! lire jusqu’à cinq heures du matin

 

  • trier des photos

 

  • Jean-Paul Kaufmann, otage, lisait et relisait le seul livre qu’il avait, le tome 2 de Guerre et Paix. Le livre, la survie

 

  • faire ce que l’on n’a jamais fait, juste pour voir : cela fait 30 ans que je n’ai pas lu une bande dessinée. Tintin au Tibet retrouvé à plat dans le placard à chaussures. Lu d’une traite, le scénario est génial !

 

  • je pense soudain qu’il faudrait écrire un testament ; pas envie, la flemme.

 

  • 6h du mat et je suis encore debout : me faire un planning journalier sinon le temps va passer trop vite et je n’aurai rien fait.

 

  • On peut se faire livrer de la bouffe ; comment acheter Libé et Le Monde (papier !) sans sortir ? une attestation sur l’honneur et sur papier libre que c’est pour moi un produit de nécessité ?

 

  • Je me souviens de mon cri de guerre chez les scouts : Bagheera plein crocs ! dans l’équipe des Barzoïs. Kipling et Jack London, je jouais à prononcer bague et rat, blanc croc !

 

  • Fin du confinement le 1eravril ? sans blague…

 

  • maintenant la baguette me manque au petit déjeuner (d’habitude je prends juste un café en courant )

 

  • tout se fige, on vit donc sur des acquis, et on économise, PQ, pâtes, etc. Et ceux qui n’ont rien au départ ?

 

  • bientôt le changement d’heure, chouette, on pourra rester plus longtemps à la maison !

 

à suivre…