Soleil noir de la mélancolie, Journal d’un reconfiné (12) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, dimanche 8 novembre 2020

Il y a des pages d’enthousiasme et d’autres de déprime. La presse salue Joe Biden au bout du suspense et pour parler de la Covid-19 évoque une «vague psychiatrique» ; nous brassons du noir et n’avons pas le moral. Ce deuxième confinement provoque une grosse déprime et avec une avalanche de chiffres et d’études scientifiques de psychiatres et de neuropsychologues on évoque notre vulnérabilité. Un encadré donne le pourcentage de suicides. Nous vivons dans le stress de la peur d’attraper le virus et l’isolement social créé par la crise sanitaire. Hier samedi cinq malades bas-rhinois sont décédés du coronavirus et le journal tient les comptes, 1618 Alsaciens morts depuis le début.

Nous n’avons plus de géraniums aux silencieux balcons de 20 heures ni de gags parfois rigolos via Internet. Nous sortons plus souvent en dérogatoire mais la mélancolie est aussi beaucoup plus grande.

Quand Gérard de Nerval ne termine pas son récit poétique et mélancolique Aurélia pour se suicider et échapper à son confinement halluciné, il dit simplement que dans l’affection qu’il porte à ses semblables il y a trop de passé pour qu’il n’y ait pas beaucoup d’avenir. Je suis le Ténébreux…

Passation, Journal d’un reconfiné (11) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, samedi 7 novembre 2020

Un virus soit il disparaît à un moment ou à un autre, soit on le bat. Aux Etats-Unis de valeureuses élections ont permis de battre le bouffon, le pays aurait été sinon confiné quatre autres années. Pour la Covid-19, qui ne disparaîtra peut-être pas aussi soudainement qu’elle est apparue, tous espèrent qu’elle sera battue par un vaccin.

Le vaccin du pouvoir, c’est la justice, la démocratie, Dieu en qui l’on croit si on a des dollars en poche et c’est en France la liberté, l’égalité et la fraternité. Aller jouer au golf au moment où le destin du pays bascule n’est pas vraiment une « fraternité attitude ». Se faire couper la parole par les plus grandes chaînes de télévision décidant de refuser de diffuser des mensonges, c’est là une preuve de liberté, celle de journalistes répondant plus à une éthique qu’aux ordres présidentiels.

Pour trouver le vaccin qui nous sortira du spectre des confinements, les chercheurs doivent reconnaître l’importance majeure de la confrontation des convictions et des découvertes. Les rapports de force peuvent être emportés et combatifs. Si l’organisation, le laboratoire ou la république, fonctionne de façon apaisée, le meilleur en sortira. Grâce à quoi ? A la prise en compte de la pluralité et de la conflictualité.

Une surface de 9,8 millions de kilomètres carrés avec 330 millions d’habitants et un diamètre entre 60 et 140 nanomètres (1 nm = un milliardième de mètre) : pour se protéger on construit un mur et l’on porte un masque, «pour que cela ne passe pas ».

Les mots de la mort, Journal d’un reconfiné (10) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, vendredi 6 novembre 2020

Après cinq jours sous oxygène à l’hôpital, son ami est rentré à la maison. Très affaibli, il dort, ça va. Et vivant, fait-elle mine de s’étonner, cynique comme une ex-future veuve. C’était du lourd, il s’en est sorti. Elle aussi a la Covid 19, en léger. Interdiction de venir puis une visite autorisée et des heures à attendre dans un couloir, isolée. «Écoutez Madame, si vous voulez qu’on sauve votre mari, arrêtez de pleurer ».

C’est une histoire qu’il faudrait raconter et au détour d’une chronique du Monde on lit que «la mort n’est qu’un mot» et que suivant l’azur Nathalie Léger dit que finalement «l’écriture c’est le seul truc réel». Et qu’elle aimerait inventer un temps grammatical pour parler des morts au présent sans avoir l’air fou.

A la Une du quotidien une publicité pour le prix Femina avec un bandeau rouge un peu roué «Le livre un bien de première nécessité». Qu’est ce qu’un «besoin essentiel» (pour ne pas mourir) questionne Libé avec en illustration un livre bien relié en forme de tarte au fromage (la meilleure à la boulangerie rue Geiler) sur une assiette blanche. La liste des courses est un très bon exemple de cet essentiel à géométrie variable… l’eau, le savon, des Corn Flakes, un abonnement à Téléfoot ou le dernier Goncourt ? Mort de faim, mort d’ennui, mort de mots ? Parenthèse, en dernières pages, hommage à Jean-Pierre Vincent mort hier à Mallemort, qui au TNS disait dans les si regrettées années 70 aux jeunes spectateurs que pour aimer le théâtre il fallait lire (l’Education Sentimentale) et voir des films (la Règle du Jeu).

Est-ce qu’un mot peut défier la mort ? Il y a des ambulances qui foncent à l’hôpital, d’autres devraient s’arrêter devant la BNU pour sauver des vies. J’ai en main les volumes de la correspondance de Flaubert, où tout est à lire pour survivre, écrire c’est vivre. Je me promène une heure durant, Ernest Chevalier, Alfred Le Poittevin et bien sûr Louise Colet. « La bêtise c’est de conclure». Et conclure, ce n’est pas mourir un peu ?

Virus et Orages d’acier, Journal d’un reconfiné (09) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, jeudi 5 novembre 2020

La deuxième vague est plus forte et ce sera plus cruel qu’au printemps. Les ministres se succèdent pour mettre le feu au rouge écarlate. Mais le respect des consignes de confinement semble bien pris à la venvole. Les rues sont pleines, même la fleuriste a du monde, patientant gentiment au croisement.

Au-dessus des masques les yeux graves racontent la résistance au virus comme si la lutte contre la pandémie devenait un exil intérieur. «La chauve-souris, sous les voussures crevées des cathédrales, voletait à la clarté de la lune». Les malades, au bord des falaises de marbre, vivent dans la terreur de l’invisible et la dictature des interdictions. On attend le barbare, le poison mortel, comme dans le Désert des Tartares ou le Rivage des Syrtes.

Si l’on a les symptômes, on fait le test. Si le test est positif, d’abord on s’isole, Puis on attend que cela passe ou que cela empire, jusqu’à l’hôpital. L’hôpital certes, mais pas en réanimation. On dira de vous que vous êtes entré en réanimation aux soins critiques mais «il s’en sortira». Pendant tout ce temps, avec une prudence stylistique flaubertienne, on cherche à savoir « qui » et « comment » on a attrapé «cette saloperie». On multiplie les versions possibles de la rencontre fatale.

Le scénario probable est celui de l’agonie. On devient un soldat pris dans des orages d’acier. L’écrivain allemand Ernst Jünger recommande d’être un rebelle, celui qui doit se confronter à la liberté, se révolter contre ceux qui semblent des automates, les «techniciens» de l’avant trépas. Il dit qu’il faut refuser d’en admettre la conséquence éthique, le fatalisme. 

Tissu est dans iode, Journal d’un reconfiné (08) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, mercredi 4 novembre 2020

Pour résister aux virus, tous, médecins et malades, tous, citoyens propagateurs potentiels de l’horreur, tous pourraient faire le serment de ne déposer les armes que lorsqu’à nouveau l’on pourra se promener partout sans risque, s’embrasser sur la bouche et manger avec les doigts et sans masque.

« Tissu est dans iode », c’est la magnifique phrase codée de la division blindée du lieutenant-colonel Rouvillois pour annoncer la libération de Strasbourg le 23 novembre 1944. Quand allons-nous être libéré de la Covid-19 , et aussi, autre association d’idée pas trop incongrue, être libéré du bouffon Donald Trump, puisqu’à cette heure le suspense se poursuit aux Etats-Unis ? Une phrase au destin devenu légendaire a marqué notre entrée dans la crainte du coronavirus, « nous sommes en guerre». Quelle phrase accompagnera notre sortie ?

Tant de phrases sont à l’image des éphéméroptères, ces insectes qui ne vivent que quelques heures, après avoir déposé leurs œufs sur des eaux marécageuses aux flux aussi imprévisibles que les canaux des réseaux sociaux. À suivre de près, journaux papier, radio, la dantesque question du confinement ne mobilise qu’un pauvre vocabulaire, de tristes clichés qu’un ton martial ne rend guère poétiques. Le serment de Koufra était lyrique ; la tragédie, le cauchemar que nous vivons en cette fin 2020 peut se nourrir sans indécence de la prosodie.

Les ailes des éphéméroptères sont transparentes, finement nervurées et rigides, et les imaginer peuplant les deux rives du Rhin provoque l’exaltation de l’explorateur qui sommeille en nous et qui apprend que leurs larves ont une longévité de parfois 10 ans et que leur vie a la brièveté des quelques instants nécessaires pour se reproduire. Les sentences qui se répètent et qui règlent désormais nos vies de confinés à déplacement dérogatoire ne cherchent pas à enjoliver la formule technocratique. À l’Assemblée nationale hier soir, un texte certes dénué d’aimables phrases sur l’état d’urgence sanitaire devait être voté, les députés de la majorité ont séché, peut-être pour prendre le temps de lire chez eux de la poésie… Tissu est dans iode.

La résignation forme de l’art, Journal d’un reconfiné (07) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, mardi 3 novembre 2020

Le confinement exclut les dilettantes. A la rigueur pouvons-nous être dandy en choisissant la couleur de nos masques mais être dilettante c’est difficile puisqu’il s’agit de ne se fier qu’aux impulsions de ses goûts. 

La pandémie élève la résignation en une forme de l’art. Alors que le dandy ne souhaite que vivre et mourir devant un miroir, le dilettante s’entiche de sarcasmes et de désinvolture. Et comme nous sommes (toujours) en guerre, il doit se résigner à la lâcheté la plus sommaire, obéir. Cette culpabilité que nous pourrions ressentir face à notre veulerie trouve refuge dans l’actualité du jour, les merveilleux cafouillages dans les consignes données officiellement pour obéir à nous confiner. 

Comme nous avions peur de mourir lors du premier confinement, nous vous avons étiré jusqu’à des proportions démesurées notre sens de l’abdication. Se remplir soi-même une autorisation et craindre d’en dépasser l’heure, c’est établir une figure systématique d’allégeance, de docilité, de résignation.

Nous avions peur et donc nous jubilions de nous complaire sans avoir honte dans l’univers de notre chambre. Au deuxième confinement, si nous le respections aussi strictement, cela puerait le bagne, la déchéance acceptée étalée dans notre famille, dans un laisser aller définitif et un débraillé éternel. Et au retour d’une petite heure dérogatoire nous ressentirions un plaisir honteux.

Nous jouons une tragédie de l’enlisement sans avoir vraiment envie de poursuivre la petite étincelle de pureté qui nous reste dans l’abjection. Si écrire est la recherche de l’exacte pesanteur de la vie, il faudrait pouvoir toucher des doigts cette lourdeur et donc n’écrire que pour les mains. Heureusement tout nous distrait. Et même si l’air que nous respirons contient des aphorismes de malheur et de bassesses, nous nous adaptons à ce consensus qui consiste à attendre la fin sans savoir si et quand nous y serons. Sur internet un humoriste fait tourner un sketch relatant son 27econfinement et son rire est motivé par la perte du goût de la controverse.

Notre lâcheté. Dans ce petit roman paru en 1930, Alain Berthier pose cette question vertigineuse : « que peut être la pitié d’un homme qui couche avec l’objet de sa pitié ?» L’incipit servira de conclusion à cette nuit qui tombe si tôt sur la rue Geiler, où heureusement nous avons toujours l’affichage lumineux du pressing, en lettres de néon vert donnant la date, l’heure et la température ambiante. : « Je voudrais oublier mon passé».

Je crois en toi, promesse toute-puissante, Journal d’un reconfiné (06) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, lundi 2 novembre 2020

C’est un grand magasin d’une chaîne très « Active» qui vend de tout, du bricolage, des cosmétiques, des fleurs en plastique, des cadres avec Marilyn et des soupes chinoises en sachet. On y va pour acheter un pot de colle et on ressort un panier plein ; aujourd’hui les trois quarts des rayons sont couverts d’un grand film transparent qui masque les produits interdits à la vente. La peinture blanche pour plafond est autorisée : «c’est incompréhensible» me dit une vendeuse. Je suis seul dans les rayons. Pour ne pas rester désœuvrées, quatre de ces dames font du « réassort ». Elles portent des gilets orange à bandes fluorescentes avec dans leur dos, imprimé et souligné: distance de 1,5 mètre, et plus bas : merci ! « On ne comprend rien, ça change tout le temps, on ne sait pas quoi faire, ce n’est pas impossible qu’on ferme demain. Les patrons ne peuvent rien nous promettre».

Machiavel disait au Prince qu’il n’y avait pas d’obligations à tenir ses promesses, il suffisait, les hommes étant ce qu’ils sont, de simuler et de dissimuler. Montaigne lui respectait sans conditions une promesse, haute valeur éthique, pour ne pas manquer à l’humanité. Les philosophes distinguent deux promesses, celle du contrat et celle de l’alliance. Le contrat relève de l’institution sociale. L’alliance est un schéma biblique, l’alliance entre Dieu et un peuple et à travers lui l’humanité.

Quand les gouvernants nous promettent la survie à la pandémie, ils établissent une structure théologique du politique. Le confinement ressemble à un pari de publicistes, mêlant des démagogues, des technocrates, des savants et parfois des prophètes. La mort si présente dans les déclarations du président et du premier ministre confronte la toute puissance de l’homme à celle mystérieuse d’une fatalité qui se nommerait Dieu. Promettre, analyse Vincent Peillon philosophe ancien député européen et ministre de l’éducation, promettre est une action de réparation et de promotion de la justice sociale. 

Pourquoi ce deuxième confinement semble-t-il déjà montrer ses limites ? Parce que la dimension éthique, qui nous faisait applaudir chaque soir à 20 heures, est perdue. L’individu se désengage et se déresponsabilise. La promesse que l’on accepte en signant une attestation de déplacement dérogatoire n’est pas un contrat commercial ou juridique. C’est la reconnaissance d’une alliance avec la politique, la politique réparatrice des souffrances et des injustices. Je crois en toi, promesse toute-puissante…

Tout ce que le ciel permet, Journal d’un reconfiné (05) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, dimanche 1ernovembre 2020

Si la rue Geiler était un décor et le reconfinement un genre cinématographique, serait-ce un film d’horreur, une tragédie musicale, une comédie ou un mélodrame ? C’est l’automne, dans le désarroi des lumières et des ombres et la vivacité des illusions et des verdures, moteur, place Golbéry. Le noir du deuil et le carmin des feuilles jonchent les pavés et s’apparient comme les moineaux tranquilles dès l’heure du couvre-feu, (quand on est sereinement confiné chez soi, plus la peine d’apparier ses chaussettes). Un clair-obscur qui sied à la profondeur des contrastes de l’actualité du virus. Aujourd’hui elle envahit les librairies indépendantes qui rappellent en pétitionnant qu’un livre est un produit de première nécessité. Tout drogué de littérature en crise de manque n’a-t-il pas chez lui cinq, vingt, cent bouquins pas encore lus, et quelques œuvres complètes jamais ouvertes ? Mais il s’agit d’un noble et légitime combat contre la concurrence commerciale amazonienne et supermarchéenne. C’est chaud, 232,8° Celsius (= Fahrenheit 451), cette affiche « livres interdits » entre les conserves et le PQ. Le PM squatte le 20h d’une chaîne commerciale pour faire un solo théâtral à la gravité emphatique, un acteur à Avignon tentant de couvrir l’éclat du vent dans la Cour d’honneur du pape. Ça crie mais on n’entend rien.  

L’isolement et la solitude ont un remède, la télévision, « tout ce que vous avez à faire c’est de tourner le bouton et vous aurez la compagnie que vous pouvez désirer, là sur l’écran, le drame, la comédie, la parade de la vie sont à la pointe de vos doigts ». Les héros du film de la rue Geiler sont des citoyens fougueux qui se soumettent par leur volonté même d’être de bons citoyens. On peut s’évader du présent en nourrissant un imaginaire qui refoule toutes contestations. A Hollywood des réalisateurs pensaient que ce monde de la demi-conscience était d’essence féminine. Covid, la star de notre film est un mot féminin mais que beaucoup utilisent au masculin. A Paris (nouvelle vague) des réalisateurs pensaient que l’idée d’un film devait être cachée. Dans les solitudes du confinement l’idée du ‘vivre ensemble’ structure le scénario du film de notre rue. Nous nous camouflons, mais cela ne se voit pas, c’est hors cadre. Aimons l’amour éternel des mélodrames qui se terminent en disant « vous n’êtes pas seuls ».  

La perversité des rituels engendre une société tyrannique, hégémonique, impérieuse, qui ne fonctionne que par injonction ou prescription. La douleur de l’artifice est une appréhension dangereuse, et l’arrogance versatile d’ordres si désordonnés nous ramène à cet effarant saisissement, le nouveau confinement enferme moins nos peurs que celui d’avant. On verra si c’est tout ce que le ciel permet.

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L’huile sur le feu, Journal d’un reconfiné (04) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, samedi 31 octobre 2020

Un homme préhistorique. A l’époque on mourait probablement plus de faim et de blessures que d’un virus. Le dessin de Charb est formidable, dans un vieux Charlie Hebdo. Notre ancêtre a la bonne tête du quidam, ses yeux qui roulent disent, «attention les gars il va se passer quelque chose d’énorme pour l’humanité !» Il hésite un peu mais il va le faire : l’invention de l’humour. Dans une main une coque pleine d’huile. Dans l’autre une torche avec du feu. Il va mettre de l’huile sur le feu.

Il a inventé l’humour, l’irrespect et le blasphème. Bientôt on inventera la roue. Plus tard, autre bouleversement pour tous les humains, le coronavirus, mais là ce n’est pas un progrès, pourtant aujourd’hui dans l’actualité on a mélangé les deux. 

Une attaque à Lyon, un prêtre orthodoxe grièvement blessé par balles devant son église. Terrorisme ? On ne peut s’empêcher de faire le lien avec les assassinats à Nice il y a deux jours, et le meurtre il y a 15 jours à Conflans-Sainte-Honorine. Sur France Info la journaliste interview un gradé syndicaliste de la police ; au détour d’une phrase de relance « on peut dire que les caricatures ont mis de l’huile sur le feu ?» avant de répéter le sésame, mot de passe de la bonne conscience, celui de « la défense de la liberté d’expression ». L’archevêque de Toulouse avait hier versé sa bouteille d’huile sur le feu des caricatures blasphématoires.

On apprend aussi par le file-flash-info que le soleil du samedi après-midi incitait bien des gens à aller se promener pour « profiter de cette dernière journée ». « Ce deuxième confinement on n’a pas trop envie qu’il commence ».

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Terrasser le dragon, Journal d’un reconfiné (03) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, vendredi 30 octobre 2020

Ce sentiment de déjà-vu, alors que les règles sont nouvelles et que la période de confinement commence à peine, cette madeleine de notre vie quotidienne n’incite guère à l’écriture. Lire les chroniques ‘Idées’ ou ‘Rebonds’ provoque des soupirs d’admiration et ouvrir quelques pages des Pléiades des rayonnages renforce l’enthousiasme ressenti pour les génies littéraires.

Bref, ça rend plus que modeste. Mais si l’humilité était une condition première à l’écriture, il n’y aurait plus de blogs pour faire courir son chat. (Je n’ai jamais eu l’envie de cohabiter dans mon bureau bordélique avec un animal domestique même rimeur)

Donc ça recommence et pour le moment ce n’est pas comme avant. Léo Ferré chante à la radio « et puis ce magnifique ennui qui nous sclérose », je vais garder l’air en tête toute la journée. On contemple quand même des gens faussement nonchalants qui sortent du Carrefour City trois paquets de PQ au bout des bras. Et à la boulangerie la cliente replète se prend trois éclairs à la vanille en lançant à la cantonade (nous ne sommes que deux le boulanger et moi – pas plus de deux clients à la fois) « que maintenant on va pas se priver de se faire plaisir ». C’est cela qui a changé, dans cette deuxième vague on ose le dire.

Avec sa tronche de voleuse à l’étalage la toute grise souris employée de Streeteo longe le trottoir en se faisant quand même remarquer quand elle photographie les voitures et rédige sur son arnaqueur numérique des PVs à ceux qui garé en vitesse font la queue pour une baguette. Sait-elle la haine et la fureur bouillonnante qu’elle provoque face à ces «injustices», mesure-t-elle le ridicule de sa réponse faux-cul « je peux rien, c’est parti » ? Dans la rue préconfinée, tous font mine de convivialité, quelle incongruité que ce sale job « pour gagner mon salaire », de participer à ce qui est ressenti comme un racket ? Cela ne doit pas être facile pour elle de se faire alpaguer et de se faire mettre le nez dans ces petites bassesses hypocrites, c’est cela qui a changé depuis hier, on ose lui dire.

Voilà, j’ai osé raconter une petite histoire de la rue Geiler.

Et puis, même si le lien avec notre metteuse de PVs semble lointain,  la chronique ‘Idées’ de Raphaël Glucksmann qui évoque l’idéologie totalitaire qui gagne du terrain et la cité où l’on se retire, se replie, se recroqueville. Le philosophe dit qu’il faut combler le vide qui fait prospérer les répressions. Qu’il faut réapprendre le civisme. Et une jolie phrase : «seul un récit terrasse un récit».

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Le diable des mots, Journal d’un reconfiné (02) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, jeudi 29 octobre 2020

C’est quoi le purgatoire ? C’est cette zone grise avant d’entrer, soit dans le confinement, soit à l’hôpital ; Primo Lévi a écrit pour relever l’ambivalence de cette notion ; est-il inconvenant de s’interroger, avec en mémoire les scrupules de l’écrivain italien pour user de mots justes, de s’interroger sur la complexité des jours que nous vivons et nos rapports à l’autorité ? Zone grise, mais les morts du coronavirus, ce n’est pas la même chose, d’accord. Aujourd’hui c’est aussi le temps juste avant que cela ne commence vraiment. Cette étendue floue comme une raison de tolérance, cette zone purgatoire du prochain week-end pour rentrer de vacances à la maison, pour aller se calfeutrer et s’envoyer tout seul des postillons sans risquer la prison. On est jeudi donc la veille de la veille du week-end. Prenons un livre au purgatoire, le Dictionnaire amoureux du Diable, d’Alain Rey, le génial linguiste qui vient de casser sa pipe, le mot de la fin. Il aimait les bons mots, les grands mots, haïssait la bêtise mais avait certainement de la tendresse pour Bouvard et Pécuchet qui voulaient tout savoir comme un dictionnaire sait tout, Alain Rey un Flaubert contemporain a dit Pierre-Marc de Biasi pour lui rendre hommage.

Dans la cage d’escalier chez nous, le paradis est au cinquième étage sans ascenseur les enfants, et on cause avec distances : « ça nous pendait au nez, on pouvait s’en douter, ça durera plus qu’un mois ». Ce que l’on n’avait pas prévu, c’était de revoir le président avec d’autres mots solennels, quelques heures plus tard la nuit à peine passée, à Nice devant la basilique Notre-Dame de l’Assomption, après l’assassinat de 3 personnes aux cris de « Allahou akbar », une attaque au couteau, mimétique de celle du professeur d’histoire de Conflans-Sainte-Honorine. L’attaque terroriste islamiste mêle ses phrases de peur à celle de la Covid-19. « En France il n’y a qu’une communauté, la communauté nationale» martèle Emmanuel Macron.

Il pleut rue Geiler ; à 20 heures et pendant juste quelques instants voilà un temps simplement nuageux pour envelopper les balcons, mais il fait déjà nuit et peut-être fait-il noir au paradis ? On pourrait écrire un dictionnaire du «comment dire que cela recommence » en pointant les journaux : un jour sans fin, le pays sous clé, confinement acte II, après le relâchement de l’été, le président urgentiste, un mois au ralenti, reconfinement comment s’y préparer, le confinement reprend la main, plus dur et plus meurtrier c’est maintenant, la foire aux chimères, on rempart pour un tour, du mieux et du flou, ici l’Élysée les confinés parlent aux confinés, la deuxième vague, échec du consensus, le coût de chaque vie sauvée (pour l’économie, 6 millions selon Bercy), la mise sous cloche, vivre avec, Covid la montée en flèche. Allez, chère cathédrale, 142 mètres…

Le président du Conseil européen veut créer au sein de l’Union européenne l’Union des Tests et des Vaccins. Une coordination européenne. L’UTV pour le dictionnaire des acronymes.

Le Chat du 28 veut pas mourir, Journal d’un reconfiné (01) –ambroise perrin

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Ambroise Perrin, mercredi 28 octobre 2020

Quand à 20h22 ce mercredi 28 octobre 2020 le président Emmanuel Macron eut terminé son allocution depuis le Palais de l’Elysée, je quittais de suite l’écran de mon iPhone sur la table de la cuisine pour me rendre sur le balcon qui surplombe du 1er étage la rue Geiler à Strasbourg. La rue Geiler était vide et ce n’était pas encore le couvre-feu. 

Je repris avec ferveur et un peu d’appréhension les applaudissements de 20h. Oui, le confinement, ça recommence, mais là, hommage aux morts, à tous ceux disparus marqués du virus, morts au Champ d’horreur de la Covid 19. Nostalgie ? Ce beau sentiment sentirait le soufre pour évoquer les temps du 17 mars au 11 mai dernier, où la stupeur nous avait confiné dans un étourdissement inconnu. Gardons l’amertume pour une porte close, penchons-nous de notre balcon sur la vitrine Ivre de Livres, la boutique d’occasions, merveilleuse librairie où les surprises se pavanaient sur les rayonnages et où le libraire liait amitié avec tout le quartier. Du confinement, les livres nous sauveront ! 

C’était bien avant ! Ce soir le président a dit que hier 527 compatriotes étaient du virus décédés (lisait-il un prompteur ou a-t-il mémorisé tous les chiffres par cœur ?). Et il a fait appel à notre lucidité. Les opérations du cœur, et du cancer, sont parfois déprogrammées. Acte de contrition, avons-nous tout bien fait ? – non ! Nous sommes tous surpris en Europe ! Oui, rappelons que nous sommes européens, pas chacun dans notre coin.  La deuxième vague sera plus dure et plus meurtrière que la première, toujours à bout de souffle. Ma responsabilité, ton martial. On attend, ça fait déjà cinq minutes. Alors ? Si on ne fait rien, 400 000 morts de plus. Toute l’Eurométropole de Strasbourg. Heureusement le président trébuche sur deux consonnes, il est humain. 

J’ai décidé. Confinement total. Mobilisation de tous. Civisme. Le poison de la division. Le Chat du 28 a peur de mourir.

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Demain c’est le 11 mai, le chat est parti et c’est fini? Retour sur images d’un confiné (15); après le blog, le livre !

le 11 mai va arriver, c’est comme si on n’avait pas vu le temps passer, qu’est-ce qui va changer ? limitation de sortie à 100 km maximum, pas de groupes de plus de 10 personnes, masques obligatoires mais pas vraiment, ce n’est pas la sortie du confinement mais le début du déconfinement, c’est demain; dernière nuit comme avant un grand voyage…
on fait un peu le bilan, on s’était tellement habitués à nos petits rituels de quartier; on a presque oublié les morts et les soignants «toujours au front», on va changer de vie, retrouver celle qui est « normale », abandonner nos petites joies comme le rendez-vous avec le serveur du restaurant italien qui chaque soir donne magnifiquement du bel canto à la ronde !
on s’était blottis sous la couette, parce que dehors c’était la tempête, comme si le monde d’avant était devenu une abstraction… sortir était devenu un défi, un pied de nez à la réalité du virus. Après le 11 mai, la peur va-t-elle changer ?
se promener par monts et par vaux; au début du confinement il faisait nuit à 18h, aujourd’hui les boutons de roses sont devenus fleurs. Le temps a passé, insupportable pour certains, prodigieux pour d’autres
édition unique du journal local, les DNA sont devenues un lien incontournable avec l’extérieur, avec des pages hallucinantes, les annonces mortuaires sans fin, les nécrologies sujet unique d’un arrondissement, des pages complètes de photos des couturières de masques bénévoles dans chaque village ou des élus du 1er tour des municipales prenant leur fonction
nous apparaitrons en haut des marches pour aller voir ailleurs, nous croiserons les voisins sans devoir nous cacher, le nez dans le coude, et nous ferons de l’humour en disant que quand tout cela sera terminé, nous resterons bien une semaine tranquilles à la maison, sans sortir…
dernières prestations au balcon, les Fourberies de Scapin et l’Arche de Noé, nous nous préparons à cette irruption du « 11mai » comme si la terre était à l’horizon
et voilà, il se lève et s’en va… C’est la fin de ces journées d’observation, juste le temps de saluer tous les riverains autour de la rue Geiler, dans quelques jours le livre sortira de l’imprimerie et sera disponible ici…

Les derniers moments prudents avant ce 11 mai 2020, la fin du confinement ou plus précisément le début du déconfinement; Après, comme le roman de Erich Maria Remarque, l’après n’existe aujourd’hui dans nos conversations uniquement parce que nous avons vécu ensemble une expérience unique; c’est la faute à la fatalité philosophait Charles à la mort de son épouse Madame Bovary. C’est déjà le temps pour nous les confinés, avec nos drames personnels, des malades, des morts, de la petite machine à fabriquer des souvenirs; ce livre « Le chat du 28 prend le soleil, journal d’un confiné, Ambroise Perrin 17 mars – 11 mai 2020 » participera à la transmission de ces moments uniques, deux mois à rester chez soi, le papier ayant pour vocation de dormir dans des bibliothèques pour apparaître dans 5 ans, 10 ou 50 ans. ‘J’ai connu le confinement’ raconterons-nous un soir de vie; des historiens et des sociologues tireront des bilans; les pages du « Chat du 28 de la rue Geiler» sont elles un simple reflet intrépide d’un plaisir littéraire.

LE LIVRE   

Le Chat du 28 prend le Soleil, Journal d’un ConfinéAmbroise Perrin, 17 mars – 11 mai 2020,   

la vie quotidienne rue Geiler à Strasbourg.       

Plus de 500 apostilles et notules en 59 épisodes chronologiques du confinement, 

Avec 48 dessins de Liza Reichenbach, 

Cahier au jour le jour de 64 photos légendées, 

192 pages, 20 x 25 cm, 15 euros.  

le livre sera disponible le 12 juin

contacts livre: editionsbourgblanc@gmail.com et sur le site http://www.editionsbourgblanc.com

http://editionsbourgblanc.com/content/?id=278

fin du « Retour sur images d’un confiné », merci à tous les lecteurs

La sortie à l’horizon, retour sur images d’un confiné (14)

la sortie du confinement est annoncée, avec prudence on évoque un certain horizon…
pour évoquer le 11 mai, date qui pourrait être reportée si nous manquons de civisme nous rappelle t-on avec cynisme, on précise que cela se fera progressivement, par périodes… le président cite Picasso, pas la Renault qui aura 5 milliards de subventions, mais un peintre périodique qui porte le même nom…
le 11 mai c’est dans 15 jours, on a encore le temps de retrouver un vieux compagnon de voyage, qui dormait à la cave. Un bain pour le rucksac, les confinés sont tous des routards
les restaurants relèvent le défi, les cuisiniers proposent des plats à emporter… A la radio les Grands Chefs nous donnent leurs recettes, une autre façon de s’évader
les voisins poètes posent leur prose à la boulangerie, inspirés par les géraniums de la convivialité, l’Alsace est belle et partagée, on remonte chez soi avec la baguette et la feuille imprimée
l’horizon de la cour arrière est devenu très familier, le moindre bruit fait sursauter, on se répète que cette enchanteresse torpeur ne va pas durer
alors on laisse le temps passer, quelques jours encore à se berlurer
en rire ou en s’offusquer? Ce ne sont plus des calembredaines ou des fadaises: qu’un président propose de boire de la javel pour se soigner laisse incrédule le monde entier
l’isolement pour les personnes âgées est une douleur comme la peur d’être contaminé, on leur promet alors des tablettes (numériques) pour communiquer avec leurs proches. On promet aussi 50 euros pour réparer son vélo (mesure vite oubliée), on promet d’être bien isolé dans le train (seule place de libre 754 euros Strasbourg-Bruxelles après le 11 mai), on promet des lendemains qui chantent

L’heure de la sortie, c’est le meilleur moment des confinés, on ne chante pas encore mais on y pense pour nous. Pour ne pas être accusées d’imprévoyance les autorités nous parlent d’horizons et de périodes roses et bleues, et de fourniture numérique dans les Ehpad. Les confinés attendent, les semaines en cette fin avril se ressemblent, vente resto à emporter, barbe à raser, poésie alsacienne à partager. Un spécialiste de l’horreur à Hollywood fait son film, on y boit de l’eau de javel pour se soigner…

LE LIVRE   

Le Chat du 28 prend le Soleil, Journal d’un ConfinéAmbroise Perrin, 17 mars – 11 mai 2020,   

la vie quotidienne rue Geiler à Strasbourg.       

Plus de 500 apostilles et notules en 59 épisodes chronologiques du confinement, 

Avec 48 dessins de Liza Reichenbach, 

Cahier au jour le jour de 64 photos légendées, 

192 pages, 20 x 25 cm, 15 euros.  

le livre sera disponible le 12 juin

contacts livre: editionsbourgblanc@gmail.com et sur le site http://www.editionsbourgblanc.com

http://editionsbourgblanc.com/content/?id=278

L’étourdissement si plaisant des paysages et du confinement, retour sur images d’un confiné (13)

la contrainte est un confortable cocon, une demi-heure pour acheter une baguette est devenu un plaisir. Le boulanger, les vendeurs sont devenus des amis. La tarte au fromage de la rue Geiler est la meilleure au monde. Il y a comme un enivrement aux rituels de docilité, peut-être parce que l’on sait qu’un jour cela s’arrêtera.
les distances sociales, les gestes barrières… de petits croix dans la tête et un petit soldat dans les jambes, on se conforme entre voisins responsables aux nouvelles règles: le virus est invisible, notre soumission doit, elle, être flagrante
on dit que les ventes par correspondance, à emporter, en ligne, par internet sont l’avenir confiné du consommateur frustré que nous sommes censés être devenus. Même les administrations aux normes incontournables réussissent en deux temps trois mouvements à modifier leurs règles aporétiques
mais toutes les méfiances sont de mises, et la polémique sur la fourniture et la qualité des masques n’en finit pas. En provenance d’usines chinoises, d’ateliers de mode reconvertis au tissu filtrant ou encore de clubs de couturières bénévoles, sont-ils efficaces pour se protéger du virus ?
munis de la fameuse attestation de déplacement dérogatoire, les automobilistes aux «tâches essentielles de la nation» traversent le temps, les routes et les règlements, des exploits parfois enregistrés par les forces de l’ordre: 232km/h sobrement relatés par les Dernières Nouvelles d’Alsace. Et le bolide confisqué.
et ailleurs ça se passe comment ? solidaire l’Europe ? Aux USA, la presse nous raconte comment la démagogie l’emporte sur la responsabilité de faire face à la pandémie… on apprend tout cela goguenards et effarés
alors dans notre bonne rue Geiler avec nos sympathiques voisins on se recroqueville dans nos petites connivences qui brillent au soleil
et on lève les yeux vers tous ces balcons voisins et on se dit qu’il y a tellement de belles choses ici ou ailleurs que le virus ne peut nous entraîner dans les méandres de la désespérance; applaudissements à 20h toujours chaque soir pour les soignants, puis petits exposés littéraires ou artistiques aux thèmes confinés et insolites
par exemple l’évocation de Jean-Baptiste Corot, ce peintre qui refusait de rester confiné dans un atelier pour chercher «l’infaillible rigueur d’harmonie» de paysages idylliques… c’était au début du XIXème siècle

Avril file… mais le 11 mai nous met dans l’idée que l’on peut être rassuré. Quel est ce sentiment qui murmure que nous nous habituons à notre confinement ? Nous sommes enfermés chez nous, chacun dans une bulle. La vie du dehors s’insinue de plus en plus dans nos petites règles personnelles et confuses. Les informations nous parlent de chauffards stupides comme avant et d’Américains invraisemblablement hallucinants de bêtise. Du haut de nos balcons, nous scrutons les beautés de la vie culturelle: un livre n’est-il pas le lieu du confinement de l’Art avec la promesse d’éclater, les pages ouvertes, comme une orange trop mûre lancée sur un mur blanc ?

LE LIVRE   

Le Chat du 28 prend le Soleil, Journal d’un Confiné    17 mars – 11 mai 2020   

rue Geiler à Strasbourg   –     Ambroise Perrin  –    Plus de 500 apostilles et notules en 59 épisodes, 48 dessins de Liza Reichenbach, Cahier au jour le jour de 64 photos légendées, 

192 pages, 20 x 25 cm, 15 euros,  le livre sera disponible le 12 juin

contacts livre: editionsbourgblanc@gmail.com et sur le site http://www.editionsbourgblanc.com.

http://editionsbourgblanc.com/content/?id=278

Rimbaud pour fuir, la nature pour rêver, retour sur images d’un confiné (12)

cliquez sur le titre en bleu, et sur ‘suivre’… / la lassitude, à la mi-avril, se mesure au désintérêt pour les vidéos rigolotes, aux ricanements pour les cours de gymnastique en salon, à la radio que l’on éteint à l’heure de la recette facile et si bonne. La vraie vie est ailleurs, on te suit, Rimbaud !
la radio et les quotidiens ne savent plus quoi décrire, tant de belles histoires dans ce contexte de malheur, alors on appelle à la rescousse les psychologues qui nous parlent de nos angoisses comme pour nous distraire
bien sûr il y a les voisins, et nos petits jardins, notre vie publique et notre vie privée, et notre jardin secret
comment te dire adieu ? sous aucun prétexte on ne veut avoir de réflexes malheureux, dehors c’est le désert, et peut-être ce sera le Sahara sous peu
un intrigant visiteur dans la jardinière du balcon, Eole emportera les aigrettes, cent nuages mouvants sous le souffle des vents, et nous confinés on rêve d’être emportés
et si l’on fait trois pas, on le voit, la nature a repris ses droits
Van Gogh au jardin
et si l’on observe bien, les roses de ma grand-mère sont aussi jaunes que mon grand-père qui était asiatique
on peut vivre sans, mais on vit tellement mieux avec le théâtre, le cinéma, la littérature

Cela fait plus d’un mois que l’on vit avec un bout de papier dérogatoire. Dehors et avant sont des concepts abstraits, il reste la poésie, la vraie vie est ailleurs, Rimbaud. La nature que l’on observe de son balcon nous mène au loin. Un intrus dans les géraniums, un pissenlit pour qui on guette l’anémochorie fatale

LE LIVRE   

Le Chat du 28 prend le Soleil, Journal d’un Confiné    17 mars – 11 mai 2020   

rue Geiler à Strasbourg   –     Ambroise Perrin  –    Plus de 500 apostilles et notules en 59 épisodes, 48 dessins de Liza Reichenbach, Cahier au jour le jour de 64 photos légendées, 

192 pages, 20 x 25 cm, 15 euros,  publication le 12 juin probablement

contacts livre: editionsbourgblanc@gmail.com

Tenir jusqu’au 11 mai et Education sentimentale, retour sur images d’un confiné (11)

si on a de la chance, ce sera le 11 mai, le début de la fin du confinement
36,7 millions de spectateurs ce 13 avril 2020 pour écouter le président annoncer que le confinement est maintenu jusqu’au moins le 11 mai prochain; Emmanuel Macron bat de presque du double le record d’audience de la finale du Mondial de football. Bientôt le lilas sera fané. Et si cela durait une année?
des chiffres et des êtres
la presse participe à un énorme travail d’introspection. Il y a ceux qui trouvent le temps long, ceux qui se réjouissent de toutes ces occasions, et les malins qui trichent avec des excuses bidons. Le texte change pour les dérogations
Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l’étourdissement des paysages et des ruines, l’amertume des sympathies interrompues. Il revint. Flaubert, l’Education sentimentale
on s’organise avec souvent une grande convivialité, comme pour faire la queue pendant une demi-heure, en respectant le mètre ‘barrière sociale’ de distance pour acheter à manger. Seuls 4 clients à la fois peuvent entrer au Carrefour City rue Geiler, où un parcours au sol est fléché.
nourriture indispensable, la presse, rituel d’achat extrêmement organisé à l’approvionnement et horaires compliqués; et la marchande de journaux est une commerçante tellement sympathique!
Vol au-dessus d’un nid de confinés, rue Geiler. La date du 11 mai a maintenant l’aura et la notoriété d’un 14 juillet

Le 13 avril 2020 le président nous dit que cela sera le 11 mai. Il faut rester strictement confiné jusqu’au 11 mai, après on verra. On fait la queue pour acheter à manger, des producteurs ‘bio’ improvisent des paniers masqués. Seule sortie quotidienne, c’est pour les journaux. Parfois un jogging en restant dans les rues à côté.

LE LIVRE   
Le Chat du 28 prend le Soleil, Journal d’un Confiné    17 mars – 11 mai 2020   
rue Geiler à Strasbourg   –     Ambroise Perrin  –    Plus de 500 apostilles et notules en 59 épisodes, 48 dessins de Liza Reichenbach, Cahier au jour le jour de 64 photos légendées, 
192 pages, 20 x 25 cm, 15 euros,  publication début juin
contacts livre: editionsbourgblanc@gmail.com

Peine peur et pleine lune, retour sur images d’un confiné (10)

abonné au blog pour voir dessins et photos cliquez sur le titre, en bleu; lecteurs cliquez sur suivre. / le beau temps de ce début de mois d’avril; polémiques sur les achats en ligne de produits de nécessité
un entrepot frigorifique à Rungis est réquisitionné pour entreposer les cadavres, le nombre de cas positifs double tous les trois ou quatre jours, l’Alsace est rouge
au sommet de la bataille, le premier ministre. Courbe rouge. La France a peur
télétravail, situations parfois cocasses, le linge sale et la vaisselle, les gamins réclamant un câlin, le boss dans votre salon
et pour certains, le magnifique ennui qui nous sclérose…
on observe la rue, ce voisin lave son inutile bolide mal garé, cette dame sort cinq fois son chien pisser
tout ce qui est intime est beau

on se succède rue Geiler pour prendre en photo cette chère amie la pleine lune tout nue et sans rideau

Tous les clichés passent, temps perdu, infini, retrouvé. Le 7 avril, trois semaines déjà de confinement, c’est la pleine lune. Seuls les produits de stricte nécessité sont autorisés. Le premier ministre égrène les mauvaises nouvelles, les lignes sont rouges, danger, le télétravail est en short, plage.

LE LIVRE   

Le Chat du 28 prend le Soleil, Journal d’un Confiné    17 mars – 11 mai 2020   

rue Geiler à Strasbourg   –     Ambroise Perrin  –    Plus de 500 apostilles et notules en 59 épisodes, 48 dessins de Liza Reichenbach, Cahier au jour le jour de 64 photos légendées, 

192 pages, 20 x 25 cm, 15 euros,  publication début juin

contacts livre: editionsbourgblanc@gmail.com

Mulhouse et cercueils, retour sur images d’un confiné (9)

Mulhouse 25 mars 2020, le Président face à la tente; l’hôpital militaire absorbe les malades de l’hôpital civil qui déborde; Emmanuel Macron se réfère aux scientifiques pour expliquer des choix drastiques
malheureux vocable, « récompenser » par une prime les blouses blanches; les soignants expliquent répondre aux valeurs humaines et à l’éthique qui animent leurs professions; et cela fait des années qu’ils réclament de vrais moyens matériels pour le faire dignement en répondant à tous les besoins des malades
alors ce week-end ensoleillé on part …
… faire du camping dans son salon !
il fait jour maintenant lorsque l’on applaudit chaque soir à 20h…
… et à 20h03, le balcon sert de tribune pour des échanges littéraires avec les voisins !
côté cour, 80 minutes de soleil chaque jour à midi; le rythme de confiné est hypnotisant

LE LIVRE   

Le Chat du 28 prend le Soleil, Journal d’un Confiné    17 mars – 11 mai 2020   –   

rue Geiler à Strasbourg   –     Ambroise Perrin  –    Plus de 500 apostilles et notules en 59 épisodes, 48 dessins de Liza Reichenbach, Cahier au jour le jour de 64 photos légendées, 

192 pages, 20 x 25 cm, 15 euros,  publication début juin

contacts livre: editionsbourgblanc@gmail.com

Pour la première fois le 25 mars on voit le président porter un masque. Il visite l’hôpital militaire de campagne monté à Mulhouse. La chloroquine-miracle force toutes les interrogations. Discours en direct devant la tente. L’attente est grande. On part en week-end dans son salon. On guette le soleil.

le livre sort de l’imprimerie dans moins d’une semaine…

Le masque et le cap, retour sur images d’un confiné (8)

on additionne, on compare, on n’a pas les chiffres des Ehpad et on ne compte pas les morts à domicile mais chaque soir le chiffre précis des morts est donné comme si cela allait rassurer
plus on apprend plus on ne sait rien, les gens sont fous les temps sont flous, et la ministre dit que les masques ça ne sert à rien puisqu’elle même ne sait pas le mettre c’est évident non ? On nous cache tout, on nous dit rien
couturiers, couturières, aux armes les machines à coudre ! On trouve des vertus à tous les tissus, on arrache les élastiques des dossiers cartonnés, on distribue les masques fait main à tous, aux infirmières et aux pompiers
sur des aéroports en Chine des gangsters américains font des hold up de masques, les commandes des institutions sont réquisitionnées par les autorités imprévoyantes, il reste ceux fait maison qu’on ébouillante pour les désinfecter
on respecte les gestes barrières pour déposer quelques fruits et légumes sur la palier
la date, l’heure et la température, c’est la boussole pour toute la rue, l’enseigne lumineuse du pressing, et quand elle sera en panne une dizaine de jours, la rue Geiler sera orpheline
l’inquiétude est diffuse mais la peur est réelle, les rues sont toujours vides et sortir pour acheter un produit de nécessité juste pour manger mêle la jubilation à la culpabilité
la capacité à s’adapter aux circonstances est remarquable… on ne se souvient déjà plus comment c’était avant

LE LIVRE   

Le Chat du 28 prend le Soleil, Journal d’un Confiné    17 mars – 11 mai 2020   –   

rue Geiler à Strasbourg   –     Ambroise Perrin  –    Plus de 500 apostilles et notules en 59 épisodes, 48 dessins de Liza Reichenbach, Cahier au jour le jour de 64 photos légendées,  

192 pages, 20 x 25 cm, 15 euros,  publication début juin

contacts livre: editionsbourgblanc@gmail.com

Déjà la troisième semaine de mars, les chiffres volent en escadrilles, personne ne sait qui compte, les morts se concurrencent d’un pays l’autre, bagatelles pour une pandémie. La ministre qui ne sait pas mettre un masque dit qu’il ne sert à rien. Les confinés moins béotiens font de la couture et improvisent la désinfection. Le flou des instructions laisse tous pantois, on est tous bloqués chez soi, rumeurs et complots sont rois.

Les soignants et la solitude des gens, retour sur images d’un confiné (7)

le silence de la ville, la partition des oiseaux, nous découvrons la beauté du rien

LE LIVRE   

Le Chat du 28 prend le Soleil, Journal d’un Confiné    17 mars – 11 mai 2020   –   

rue Geiler à Strasbourg   –     Ambroise Perrin  –    Plus de 500 apostilles et notules en 59 épisodes, 48 dessins de Liza Reichenbach, Cahier au jour le jour de 64 photos légendées,  

192 pages, 20 x 25 cm, 15 euros,  publication début juin

sauter dans l’avion pour une semaine au soleil…
manquer le rituel de 20h ? de quel fer forgé sont faits les blocs opératoires ?
les ombres surplombent nos vies quotidiennes
alors on est généreux…
mais à la pharmacie il n’y a rien
les autres sont là, les réseaux sociaux nous envahissent

c’est la routine, on rêve d’aller au bout du monde et on est tout seul dans son appartement, envahi par des centaines de messages et de clips vidéos; chaque soir, il y a le 20h, pour les soignants, tandis qu’à la pharmacie il n’y a ni gel ni masques. Comme dans un film sur la fin du monde, on entend au loin un ténor défier l’isolement

contact: editionsbourgblanc@gmail.com

Barbu, et rue vide, retour sur images d’un confiné (6)

confinement jour 8
les rues sont vides, le chat du 28 se prélasse au soleil, à l’angle des rues Geiler et Wimpheling
c’est le Désert des Tartares, nous cherchons du regard, à l’horizon du désert, le virus envahisseur; au balcon le commandant Drogo de Dino Buzzati
alors nous lisons, les rues vides sont étrangement belles, les heures reviennent comme de belles gazelles, Gérard de Nerval, l’éternel recommencement, La Treizième revient… C’est encor la première; Et c’est toujours la seule, ou c’est le seul moment.
jogging matinal…
internet bruisse de folles rumeurs…
les voisins sont maintenant de chers voisins

LE LIVRE   
Le Chat du 28 prend le Soleil, Journal d’un Confiné    17 mars – 11 mai 2020   –   
rue Geiler à Strasbourg   –     Ambroise Perrin  –    Plus de 500 apostilles et notules en 59 épisodes, 48 dessins de Liza Reichenbach, Cahier au jour le jour de 64 photos légendées,  
192 pages, 20 x 25 cm, 15 euros,  publication début juin

on s’installe dans le confinement et la routine est parfois enivrante, la paresse une jubilation, et on ne se l’avoue guère. Personne dans la rue Geiler, seul le chat est au soleil. On attend, comme le commandant Drogo du roman de Dino Buzzati.

pour le livre, contact: editionsbourgblanc@gmail.com