Terrasser le dragon, Journal d’un reconfiné (03) –ambroise perrin

https://afp-ambroise-fiction-presse.com/2020/10/30/le-diable-des-motsjournal-dun-reconfine-02-ambroise-perrin/

Ambroise Perrin, vendredi 30 octobre 2020

Ce sentiment de déjà-vu, alors que les règles sont nouvelles et que la période de confinement commence à peine, cette madeleine de notre vie quotidienne n’incite guère à l’écriture. Lire les chroniques ‘Idées’ ou ‘Rebonds’ provoque des soupirs d’admiration et ouvrir quelques pages des Pléiades des rayonnages renforce l’enthousiasme ressenti pour les génies littéraires.

Bref, ça rend plus que modeste. Mais si l’humilité était une condition première à l’écriture, il n’y aurait plus de blogs pour faire courir son chat. (Je n’ai jamais eu l’envie de cohabiter dans mon bureau bordélique avec un animal domestique même rimeur)

Donc ça recommence et pour le moment ce n’est pas comme avant. Léo Ferré chante à la radio « et puis ce magnifique ennui qui nous sclérose », je vais garder l’air en tête toute la journée. On contemple quand même des gens faussement nonchalants qui sortent du Carrefour City trois paquets de PQ au bout des bras. Et à la boulangerie la cliente replète se prend trois éclairs à la vanille en lançant à la cantonade (nous ne sommes que deux le boulanger et moi – pas plus de deux clients à la fois) « que maintenant on va pas se priver de se faire plaisir ». C’est cela qui a changé, dans cette deuxième vague on ose le dire.

Avec sa tronche de voleuse à l’étalage la toute grise souris employée de Streeteo longe le trottoir en se faisant quand même remarquer quand elle photographie les voitures et rédige sur son arnaqueur numérique des PVs à ceux qui garé en vitesse font la queue pour une baguette. Sait-elle la haine et la fureur bouillonnante qu’elle provoque face à ces «injustices», mesure-t-elle le ridicule de sa réponse faux-cul « je peux rien, c’est parti » ? Dans la rue préconfinée, tous font mine de convivialité, quelle incongruité que ce sale job « pour gagner mon salaire », de participer à ce qui est ressenti comme un racket ? Cela ne doit pas être facile pour elle de se faire alpaguer et de se faire mettre le nez dans ces petites bassesses hypocrites, c’est cela qui a changé depuis hier, on ose lui dire.

Voilà, j’ai osé raconter une petite histoire de la rue Geiler.

Et puis, même si le lien avec notre metteuse de PVs semble lointain,  la chronique ‘Idées’ de Raphaël Glucksmann qui évoque l’idéologie totalitaire qui gagne du terrain et la cité où l’on se retire, se replie, se recroqueville. Le philosophe dit qu’il faut combler le vide qui fait prospérer les répressions. Qu’il faut réapprendre le civisme. Et une jolie phrase : «seul un récit terrasse un récit».

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