La résignation forme de l’art, Journal d’un reconfiné (07) –ambroise perrin

https://afp-ambroise-fiction-presse.com/2020/11/03/je-crois-en-toi-promesse-toute-puissante-journal-dun-reconfine-06-ambroise-perrin/

Ambroise Perrin, mardi 3 novembre 2020

Le confinement exclut les dilettantes. A la rigueur pouvons-nous être dandy en choisissant la couleur de nos masques mais être dilettante c’est difficile puisqu’il s’agit de ne se fier qu’aux impulsions de ses goûts. 

La pandémie élève la résignation en une forme de l’art. Alors que le dandy ne souhaite que vivre et mourir devant un miroir, le dilettante s’entiche de sarcasmes et de désinvolture. Et comme nous sommes (toujours) en guerre, il doit se résigner à la lâcheté la plus sommaire, obéir. Cette culpabilité que nous pourrions ressentir face à notre veulerie trouve refuge dans l’actualité du jour, les merveilleux cafouillages dans les consignes données officiellement pour obéir à nous confiner. 

Comme nous avions peur de mourir lors du premier confinement, nous vous avons étiré jusqu’à des proportions démesurées notre sens de l’abdication. Se remplir soi-même une autorisation et craindre d’en dépasser l’heure, c’est établir une figure systématique d’allégeance, de docilité, de résignation.

Nous avions peur et donc nous jubilions de nous complaire sans avoir honte dans l’univers de notre chambre. Au deuxième confinement, si nous le respections aussi strictement, cela puerait le bagne, la déchéance acceptée étalée dans notre famille, dans un laisser aller définitif et un débraillé éternel. Et au retour d’une petite heure dérogatoire nous ressentirions un plaisir honteux.

Nous jouons une tragédie de l’enlisement sans avoir vraiment envie de poursuivre la petite étincelle de pureté qui nous reste dans l’abjection. Si écrire est la recherche de l’exacte pesanteur de la vie, il faudrait pouvoir toucher des doigts cette lourdeur et donc n’écrire que pour les mains. Heureusement tout nous distrait. Et même si l’air que nous respirons contient des aphorismes de malheur et de bassesses, nous nous adaptons à ce consensus qui consiste à attendre la fin sans savoir si et quand nous y serons. Sur internet un humoriste fait tourner un sketch relatant son 27econfinement et son rire est motivé par la perte du goût de la controverse.

Notre lâcheté. Dans ce petit roman paru en 1930, Alain Berthier pose cette question vertigineuse : « que peut être la pitié d’un homme qui couche avec l’objet de sa pitié ?» L’incipit servira de conclusion à cette nuit qui tombe si tôt sur la rue Geiler, où heureusement nous avons toujours l’affichage lumineux du pressing, en lettres de néon vert donnant la date, l’heure et la température ambiante. : « Je voudrais oublier mon passé».

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