Les mots de la mort, Journal d’un reconfiné (10) –ambroise perrin

https://afp-ambroise-fiction-presse.com/2020/11/06/virus-et-orages-dacier-journal-dun-reconfine-09-ambroise-perrin/

Ambroise Perrin, vendredi 6 novembre 2020

Après cinq jours sous oxygène à l’hôpital, son ami est rentré à la maison. Très affaibli, il dort, ça va. Et vivant, fait-elle mine de s’étonner, cynique comme une ex-future veuve. C’était du lourd, il s’en est sorti. Elle aussi a la Covid 19, en léger. Interdiction de venir puis une visite autorisée et des heures à attendre dans un couloir, isolée. «Écoutez Madame, si vous voulez qu’on sauve votre mari, arrêtez de pleurer ».

C’est une histoire qu’il faudrait raconter et au détour d’une chronique du Monde on lit que «la mort n’est qu’un mot» et que suivant l’azur Nathalie Léger dit que finalement «l’écriture c’est le seul truc réel». Et qu’elle aimerait inventer un temps grammatical pour parler des morts au présent sans avoir l’air fou.

A la Une du quotidien une publicité pour le prix Femina avec un bandeau rouge un peu roué «Le livre un bien de première nécessité». Qu’est ce qu’un «besoin essentiel» (pour ne pas mourir) questionne Libé avec en illustration un livre bien relié en forme de tarte au fromage (la meilleure à la boulangerie rue Geiler) sur une assiette blanche. La liste des courses est un très bon exemple de cet essentiel à géométrie variable… l’eau, le savon, des Corn Flakes, un abonnement à Téléfoot ou le dernier Goncourt ? Mort de faim, mort d’ennui, mort de mots ? Parenthèse, en dernières pages, hommage à Jean-Pierre Vincent mort hier à Mallemort, qui au TNS disait dans les si regrettées années 70 aux jeunes spectateurs que pour aimer le théâtre il fallait lire (l’Education Sentimentale) et voir des films (la Règle du Jeu).

Est-ce qu’un mot peut défier la mort ? Il y a des ambulances qui foncent à l’hôpital, d’autres devraient s’arrêter devant la BNU pour sauver des vies. J’ai en main les volumes de la correspondance de Flaubert, où tout est à lire pour survivre, écrire c’est vivre. Je me promène une heure durant, Ernest Chevalier, Alfred Le Poittevin et bien sûr Louise Colet. « La bêtise c’est de conclure». Et conclure, ce n’est pas mourir un peu ?

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