Le diable des mots,Journal d’un reconfiné (02) –ambroise perrin

https://afp-ambroise-fiction-presse.com/2020/10/29/le-chat-du-28-veut-pas-mourir-journal-dun-reconfine-01-ambroise-perrin/

Ambroise Perrin, jeudi 29 octobre 2020

C’est quoi le purgatoire ? C’est cette zone grise avant d’entrer, soit dans le confinement, soit à l’hôpital ; Primo Lévi a écrit pour relever l’ambivalence de cette notion ; est-il inconvenant de s’interroger, avec en mémoire les scrupules de l’écrivain italien pour user de mots justes, de s’interroger sur la complexité des jours que nous vivons et nos rapports à l’autorité ? Zone grise, mais les morts du coronavirus, ce n’est pas la même chose, d’accord. Aujourd’hui c’est aussi le temps juste avant que cela ne commence vraiment. Cette étendue floue comme une raison de tolérance, cette zone purgatoire du prochain week-end pour rentrer de vacances à la maison, pour aller se calfeutrer et s’envoyer tout seul des postillons sans risquer la prison. On est jeudi donc la veille de la veille du week-end. Prenons un livre au purgatoire, le Dictionnaire amoureux du Diable, d’Alain Rey, le génial linguiste qui vient de casser sa pipe, le mot de la fin. Il aimait les bons mots, les grands mots, haïssait la bêtise mais avait certainement de la tendresse pour Bouvard et Pécuchet qui voulaient tout savoir comme un dictionnaire sait tout, Alain Rey un Flaubert contemporain a dit Pierre-Marc de Biasi pour lui rendre hommage.

Dans la cage d’escalier chez nous, le paradis est au cinquième étage sans ascenseur les enfants, et on cause avec distances : « ça nous pendait au nez, on pouvait s’en douter, ça durera plus qu’un mois ». Ce que l’on n’avait pas prévu, c’était de revoir le président avec d’autres mots solennels, quelques heures plus tard la nuit à peine passée, à Nice devant la basilique Notre-Dame de l’Assomption, après l’assassinat de 3 personnes aux cris de « Allahou akbar », une attaque au couteau, mimétique de celle du professeur d’histoire de Conflans-Sainte-Honorine. L’attaque terroriste islamiste mêle ses phrases de peur à celle de la Covid-19. « En France il n’y a qu’une communauté, la communauté nationale» martèle Emmanuel Macron.

Il pleut rue Geiler ; à 20 heures et pendant juste quelques instants voilà un temps simplement nuageux pour envelopper les balcons, mais il fait déjà nuit et peut-être fait-il noir au paradis ? On pourrait écrire un dictionnaire du «comment dire que cela recommence » en pointant les journaux : un jour sans fin, le pays sous clé, confinement acte II, après le relâchement de l’été, le président urgentiste, un mois au ralenti, reconfinement comment s’y préparer, le confinement reprend la main, plus dur et plus meurtrier c’est maintenant, la foire aux chimères, on rempart pour un tour, du mieux et du flou, ici l’Élysée les confinés parlent aux confinés, la deuxième vague, échec du consensus, le coût de chaque vie sauvée (pour l’économie, 6 millions selon Bercy), la mise sous cloche, vivre avec, Covid la montée en flèche. Allez, chère cathédrale, 142 mètres…

Le président du Conseil européen veut créer au sein de l’Union européenne l’Union des Tests et des Vaccins. Une coordination européenne. L’UTV pour le dictionnaire des acronymes.

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