Retour rue des Fourmis, épisode n°3: LES PORTES-CLÉS

Ambroise Perrin

C’était le temps des insouciances. Les mamans n’accompagnaient pas les enfants à l’école, les petits allaient avec les grands et pour rentrer on rentrait seul. J’avais huit ans, l’âge de faire des détours, au retour. C’était aussi le temps de la collection des porte-clés. Du Petit Lycée dans la cour du Musée à la Rue des Fourmis et ses quatre blocs bien alignés, il y avait au carrefour les atours de la Grand’rue apparue si longue de magasins enchantés. On y rentrait en étant bien poli, «bonjour Madame». La commerçante devinait la requête du petit balourd : «vous avez des porte-clés s’il vous plaît ?». Parfois ça marchait et on rentrait dare-dare triomphant à la maison, un de plus à mettre dans sa boîte à chaussures (mon frère avait sa propre boîte).

Deux plaquettes de plastique serties autour d’une réclame, une chaînette fragile et un anneau. La chance c’était le porte-clés avec une image qui bougeait, et encore mieux, avec un petit objet qui rappelait le commerce de la généreuse commerçante. À raison de trois ou quatre magasins à chaque fois, les espoirs restaient infinis. Je me souviens que la quête apportait bien plus de plaisir qu’une contemplation des trésors. Aujourd’hui les anneaux doivent être rouillés, et cela fait 60 ans que je n’ai pas ouvert le carton, mais pour rien au monde je ne jetterai mes porte-clés. Je sais, un jour, on mettra le lot pour 1 euro sur le Bon Coin, mais je ne veux pas y penser.

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