Le Pâtre sur le rocher, Journal d’un reconfiné (26) –ambroise perrin

https://afp-ambroise-fiction-presse.com/2020/11/22/its-a-wonderful-life-journal-dun-reconfine-25-ambroise-perrin/

Ambroise Perrin, dimanche 22 novembre 2020

Nous devinons les échos qui monteront des profondeurs dans deux jours, de la voix forte du chef de l’État. Les ministres dans la vallée se chargent des ballons d’essais: ce n’est pas vraiment la fin du reconfinement. Modalités bon train, morosité sans fin. Noël pour horizon on connaît la chanson, les râleurs au diapason, des promesses à foison et pour les libertés une oraison. Ce qu’il dira c’est ce qu’il sera. Martial, pédagogique, condescendant, compréhensif, autoritaire. Exprimera-t-il cette mélancolie et ce désespoir, composition sombre et romantique de variations sur des lieder, président miroir du chef maudit aimé des siens, cherchant perpétuellement un bonheur inaccessible ?

Lieder, Schubert. Berger solitaire juché sur le sommet du pouvoir, notoriété perdue au lointain, alors que toujours «nous sommes en guerre», il lui faudra partager ce désespoir tragique avec tant de «chers concitoyens» dans leur prudent et mesuré isolement. Les yeux plongés dans la vallée je chante et s’élève des sombres ravines un noir chagrin qui me consume… tout espoir m’a quitté… je suis seul. Il faut maintenant s’apprêter à partir. Mardi nous aurons d’autres chiffres exemplaires, des réponses indécises aux boutiquiers, des solidarités essentielles et convenues. Et le leitmotiv du vaccin, l’âme de nos ténèbres sentimentaux, qu’un Français sur deux refuserait de se faire injecter. Est-il l’heure d’une causerie magnifique au lyrisme délicat exprimant la profondeur des sentiments d’un chef de l’état qui transcenderait ses propres émotions et s’approprierait les douleurs les plus enfuies de ceux qui légitimement lui font confiance ? Il y a des rendez-vous parfois manqués et des conférences qui se noircissent comme les prémonitions de funestes abandons.

Cette mélancolie serait un de ces discours qui plonge dans la science du malheur, de celui qui croit toujours aller vers l’autre mais ne va jamais qu’à côté, lignes mélodiques simultanées, punctus contra punctum, intervention à 20 heures, coda sans artifice d’un legato à grande écoute, pour dire simplement la sincérité.

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