En vain, d’Alsace ; épisode 171 : LA VIE EST BELLE

Ambroise Perrin

Le feu passe à l’orange, vite, orange sanguine, pas de chance deux motards en face. Coupez votre moteur s’il vous plaît, papiers du véhicule. Ce n’est pas possible, il est tellement, tellement pressé, mais s’il commence à discuter, cela risque d’être encore plus long. Les deux gendarmes ont une proie, ils vont lui faire la totale, l’assurance, les pneus, quand on cherche, on trouve quelque chose qui cloche.

Son téléphone sonne et se connecte automatiquement au haut-parleur de la voiture, « Professeur, professeur, où êtes-vous, il faut commencer de suite ! »

C’est là que commence l’aspect optimiste de cet épisode, parce que les gendarmes savent être curieux, sympas et efficaces. « Je suis le professeur Jean-Luc Voirdumoulin, je dois commencer une greffe du cœur, et si je ne suis pas au bloc dans cinq minutes, l’organe est perdu ». Le motard l’observe : « Avec tous ces travaux et ces rues barrées… Oui, oui, c’est pour cela que je suis en retard et que j’ai forcé au feu, il faut absolument que j’arrive maintenant à Hautepierre… Monsieur c’est impossible à cette heure-ci, il vous faudra au moins une demi-heure… »

Le motard se tourne vers son collègue : « Tu vas ranger la voiture sur le trottoir, débranche ta radio et passe-moi ton casque. Voilà professeur, montez derrière moi, calez-vous au dossier et accrochez-vous ! »

Le chirurgien entrevoit un bon dieu protecteur de la science et complice des forces de l’ordre, et les deux fesses collées au cuir de la BMW R 1250 GS le voilà, cramponné à l’Archange Gabriel, qui s’envole en zigzaguant sur les trottoirs pour descendre l’avenue des Vosges toujours bloquée, et qui fonce à 180 km/h sur la bretelle d’autoroute le gyrophare allumé et la sirène hurlante.

2 commentaires sur “En vain, d’Alsace ; épisode 171 : LA VIE EST BELLE

  1. Très rigolo, cet épisode !
    J’ai repensé au merveilleux livre de Maylis de Kérangal : « Réparer les vivants » dans la hâte et la fraternisation de tous autour de cette opération !
    Amicalement,
    Astrid

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  2. Comme quoi, juste du bon sens (devoir et intelligence) et de l’humanité, avec un soupçon d’audace. Les ailes de poulet côtoient plus qu’on ne croit, les ailes des anges qui savent rendre l’impossible possible.

    Bien aimé cette histoire

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