Ambroise Perrin
La petite Mamie est là, dans le 10, celui qui fait le tour de la ville en passant par la gare. Elle revient de chez sa sœur, elles se voient une fois par mois, elle tient son ticket et son sac à main bien serrés et elle sourit de temps en temps au jeune homme tatoué qui s’est levé pour lui donner sa place.
Un couple avec des sacs à dos essaye de suivre l’itinéraire sur l’écran au milieu du bus, we need to know when it is, the station. Three stops répond la Mamie, ben oui, ce n’est pas parce qu’on est une vieille dame fatiguée au look RSA qu’on ne parle pas parfaitement l’anglais.
Elle décèle de suite qu’ils sont américains, from where are you coming from ? Illinois ! Ah ! Les champs de maïs, comme chez nous en Alsace… C’est ici, la gare, et comme son billet est valide pendant une heure, elle se dit tiens, je vais les accompagner, ça me fera des vacances de papoter avec eux.
Les voilà autour d’un coca (véridique !), attablés au sushi bar puisqu’il n’y a plus de buffet ou de brasserie dans le hall d’entrée, transformé en Centre commercial. Les deux racontent leur tour d’Europe, en 10 jours, Finlande et Maroc compris. Ils sont rigolos, Strasbourg c’est l’Allemagne, true ? Ils ont mangé une merveilleuse pizza à la brasserie du Canon, choisie parce que sur Internet on dit que c’est là que la bière Kronenbourg a été inventée.
Les écouter, pour notre vieille dame, cela ressemble vraiment à des vacances exotiques. En la quittant, la jeune fille lui offre son « passe trois jours trajets illimités » et bien entendu, on échange les adresses e-mail.
Trois jours à se promener sans s’arrêter à Strasbourg ? Eh bien voilà des destinations de vacances ! Elle décide de prendre toutes les lignes, d’abord les bus, puis plus audacieuse, les trams, jusqu’à leur terminus.
Terminus, Madame, tout le monde descend lui dit gentiment le conducteur. Et vous repartez dans combien de temps ? Dans 10 minutes ! Et bien je me promène un peu et je repars avec vous. Elle est la première installée, elle peut donc choisir un siège dans le sens de la marche, elle a pris soin d’emporter un carnet. Elle note joyeusement ses impressions de voyage, les tenues super décontractées parce qu’il fait chaud, la station où un barbu dort et ne réagit pas quand le bus s’arrête, et en fin de course des terrains vagues avec des cabanes qu’elle n’aurait jamais imaginées à la sortie de Strasbourg.
Au centre-ville les gens disent bonjour au conducteur, ailleurs, ça rouspète parce que la poussette a une roue cassée. Le pire, ce sont ceux qui hurlent au téléphone comme s’ils étaient seuls, elle ne savait pas qu’on parlait autant de langues différentes à Strasbourg, mais personne en allemand, personne en anglais.
Pour changer de ligne, elle demande aux conducteurs. Elle déteste l’échangeur place de l’Homme de Fer et la foule du Centre Halles. Sa plus belle station, ce fut Gallia, elle est sortie pour aller au resto U, cela faisait 60 ans qu’elle n’y avait pas mis les pieds. À l’entrée un étudiant lui a dit ‘’c’est bon passez devant moi’’ et elle a mangé à l’œil, petits frissons !
En trois jours la Mamie aura fait 17 terminus, c’est épuisant les vacances !
Original: une idée de découvertes, faire le tour de l eurométropole en prenant toutes les lignes tram-bus, partir de Gallia, dessiner un voyage en forme d étoile pour finir au Centre Halles puis rentrer chez soi avec en mémoire les images de quartiers différents et des brides de conversations saisies au hasard..
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merci de cette belle vigilance orthographique strasbourgeoise et bonnes promenades, aller au terminus c’est une belle »expédition » dans toutes les villes, de tous les pays ! Sourire dans un transport en commun inconnu, et l’on rencontre des gens formidables ! … expérience réussie dans de nombreux pays, surtout quand on ne parle pas la langue des autres voyageurs !
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J’aime bien cet épisode, moins sombre que d’autres. En plus, ça me rappelle une excursion que nous avons faite il y a bien 28 ans, lorsque nous nous sommes retrouvés à un terminus dans la périphérie de Strasbourg… Bises de l’été bruxellois
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… ce souvenir a été, aujourd’hui, une belle source d’inspiration estivale ! merci de cette, aujourd’hui nostalgique, excursion dans les travaux du tram !
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