En vain, d’Alsace ; épisode 144 : ANTE MORTEM

Ambroise Perrin

Il a senti un drôle de truc et il s’est dit, c’est maintenant, maintenant je vais mourir, là, d’un coup. Pas qu’il soit malade, ou qu’ils se sente vraiment très vieux, non, un truc qui lui montait de l’estomac dans les narines, amer, gluant, irritant. Il s’est levé précipitamment jusqu’à la salle de bain, il a craché en faisant beaucoup de bruit, il avait envie de vomir, il but un peu d’eau et se brossa les dents avant de se recoucher, il lut une page de son livre en cours, De la nature des choses, Lucrèce.

Le dégoût de la vie, la peste d’Athènes, la critique de la religiosité populaire. Les poèmes du sublime Lucrèce ne périront que le jour où le monde entier sera détruit. Puis la folie, le suicide, châtiments inventés par l’imagination populaire pour punir l’impie qui refusait de croire à la survie de l’âme. Un chapitre sur l’ataraxie, un sentiment de plénitude, de tranquillité et d’harmonie dans l’existence. Il prend des notes.

Une nouvelle remontée amère, la gorge, encore dans les narines. Les poumons qui sifflent, la tête qui tourne, même plus la force de se lever, comme si le pape est mort, presque envie de rire parce qu’il n’a rien préparé, il n’est pas prêt et il se rend compte soudain que cela n’a pas beaucoup d’importance. Un goût de sang dans la bouche.

En se réveillant le lendemain matin il lut ses lignes qu’il trouva ridicules. 

2 commentaires sur “En vain, d’Alsace ; épisode 144 : ANTE MORTEM

  1. Cet Homme !

    Il aimait arpenter les marchés, le lendemain, il a cassé sa pipe. 

    Curieusement, c’est alors qu’on a découvert l’Homme qu’il était.

    alsurbg

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  2. Il existe un médicament anxiolytique, tranquillisant et anti allergie qui s’appelle Atarax. Je m’aperçois que son nom vient de l’ataraxie qu’il doit générer. Quand la bile comme le remède sont amers, c’est le morceau de sucre qui aide la médecine à couler…
    Mary Poppins

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