Ambroise Perrin
Homosexuel, c’était vivre caché. Aujourd’hui c’est comme une fierté. Ce monsieur de 79 ans qui est toujours jeune déteste les jeunes qui portent en étendard la façon dont ils font l’amour. À défaut d’être honteux, on est discret. Il fut un temps où l’on s’activait pour sortir de la clandestinité ; puis ce fut le temps des sourires entendus qui se voulaient complices ; maintenant c’est comme si de rien n’était.
Quand il avait 20 ans il militait au FHAR, le front homosexuel d’action révolutionnaire, un truc un peu intello. On se réunissait dans la boutique Maspero à Paris, on sortait pour faire un tour à la vespasienne du coin pour revenir 10 minutes plus tard, c’était bien avant le sida qui a emporté tant d’amis.
Il vit en couple, pépère depuis 30 ans, un couple classique avec des voisins adorables dans un immeuble chicos à l’Orangerie. Comme ils sont souvent à la maison, ils aident les enfants pour leurs devoirs, ils ont été prof tous les deux. Un soir la maman du troisième, on les remerciant avec une tarte aux fraises faite maison, leur a dit, si ingénument, on sait bien qu’homosexuel ce n’est pas pédophile.
À leur mariage, ils ont fait une grande fête au foyer de la paroisse Saint-Maurice, tout le monde est venu, l’ambiance était formidable. Dans la grande salle de la mairie, l’adjointe avait susurré « je suis vraiment très heureuse de célébrer votre union, au nom de la République, parce que je vois bien que vous, vous vous aimez ; vous savez des mariages arrangés j’en vois passer, et d’autres avec des remarques du genre on y va mais c’est pour les impôts ».
J’écoute avec presque la larme à l’œil, que la vie est belle… Marcel a été mon prof à la fac, on l’appelait Marcel parce qu’il était un grand spécialiste de Proust et qu’il avait passé des dizaines d’années à publier sa correspondance. Il allait régulièrement donner des cours de littérature à l’université de Champaign-Urbana près de Chicago.
Je ne sais pas trop quel domaine est celui de son mari, mais dans leur salon, vu le nombre de livres, ils partagent certainement la même passion pour la littérature.
Non, tout n’est pas bisounours dit-il soudain grave. Hier on avait appelé un taxi, j’ai accompagné Joseph en bas, et on s’est embrassé sur la bouche, juste un petit bisou d’aurevoir. Le chauffeur l’a fait descendre, « je ne prends pas de pédé dans mon taxi, allez faire vos saletés ailleurs ».
rappel nécessaire ! triste que ce genre de réflexions puissent encore se faire, se penser même… les combats contre l’intolérance sont sans fin … Max
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Ce petit texte mériterait une écriture plus littéraire et pourrait constituer une nouvelle.
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