Ambroise Perrin
La tante Ida, qui est paraplégique depuis sa chute dans l’escalier parce qu’il manquait un clou à la clenche de la porte du haut, on vient de lui diagnostiquer un cancer, du foie apparemment. Sa sœur, chez qui elle habite, est malade depuis 30 ans, c’est Auguste, son mari, qui se démène de tout, avec la bonne, mais lui, il est tellement gros, qu’on ne sait plus de quoi il souffre, peut-être de la goutte.
La fille de la tante Ida, qui est infirmière, avait épousé son amant de toujours ; il a 28 ans de plus qu’elle, il est médecin et en six mois il est devenu totalement Alzheimer, pas facile à gérer, ils n’ont bien sûr pas d’enfants ; lui en a deux de son premier mariage, il est veuf, mais les deux ne parlent plus à leur père depuis son remariage. Il n’a jamais su qu’il était grand-père trois fois.
À Noël, tous les ans, la tribu se rassemble chez Mamie Hélène, mais cette année cela n’a pas été possible. Sa sœur Mathilde est morte le 17 décembre, il lui a fallu s’occuper de tout et elle n’a vraiment pas la tête à cuisiner pour la smala. Le fils de Nathalie, qui s’était fait renverser par une voiture il y a deux ans, ne va plus au centre de rééducation, cela ne servait à rien, il est condamné au fauteuil roulant toute sa vie. Nathalie, dont le premier mari était allemand, s’est pendue par désespoir, c’est Auguste qui l’a décrochée juste à temps.
Maintenant, on est à la veille du Nouvel An, et quand on se souhaite bonne année, on le pense vraiment.
L’actualité est tellement dense et variable que les projections de bonheur sont bigrement fragiles.
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