En vain, d’Alsace ; épisode 113 : HOMMAGE AUX GARDIENS DE MES ORTEILS

Ambroise Perrin

C’est un objet tout simple, une paire de chaussons, on dira évidemment une bonne vieille paire de chaussons.

Quand on y pense, cela fait plus de 30 ans qu’on les possède, achetés impulsivement en une minute sur un marché, et que depuis, on ne les a jamais jetés.

Au début, on devait en avoir une autre paire qu’on ne mettait pas souvent, on traînait plutôt en chaussettes, ou bien en mocassins légers qu’on enfilait en rentrant du boulot.

Les chaussons sont devenus un rituel, et sans y faire attention, je m’y suis attaché, peut-être le jour où je me suis dit qu’ils avaient connu mes trois copines successives, et qu’aucune n’avait tenté de me les remplacer par des neufs. Oui, très vite, mes chaussons sont devenus vieux, et j’ai eu l’impression qu’avec l’âge, ils grandissaient aussi. Une seule fois j’ai fait une couture à l’arrière du pied droit, parce que la bordure en feutre se détachait, j’ai une boîte avec des aiguilles, des bobines de fil, des boutons, j’aime bien.

On aime bien l’habitude des chaussons parce que les pieds commandent alors au reste du corps de se mettre en position ‘’relaxe’’, ils enferment l’esprit dans la quiétude de l’appartement et ils font des blagues quand vous les oubliez pour descendre ainsi chaussonné à la boulangerie.

Ce ne sont pas des Louboutin, mais en remontant dans l’appartement en rigolant, et en notant le regard amusé de la voisine qui voit tout, je me suis dit que je pourrais peindre la semelle en rouge.

À part les livres qui s’amoncellent dans les rayonnages, surtout quand on réussit à en mettre trois couches pour dégager les piles au sol, (et ceux tout derrière sur l’étagère sont aussi là depuis 30 ans), aucun objet n’est aussi fidèle.

Si un jour je rédige un testament, je me moquerai des vivants par un poncif, j’indiquerai que je souhaite être mis dans le cercueil avec aux pieds mes bons vieux chaussons.

2 commentaires sur “En vain, d’Alsace ; épisode 113 : HOMMAGE AUX GARDIENS DE MES ORTEILS

  1. Ah ah ! comme je te comprends ! après avoir adopté longtemps les chaussons + chauds « fitflop » commandés en GB, ensuite, sur le conseil de la prof de danse d’Yvan, je suis allée dans la rue commerçante de Kehl m’acheter des pantoufles « Leguano » ultra légères, dont je ne peux plus me passer ! Dès le lever, j’ai comme des ailes aux pieds ! Je reste donc en Europe pour les chaussons ! N’y a t’il pas un tropisme hérité de ton papa ? qui, m’a t’on dit, venait quelquefois faire ses cours en pantoufles comme toi parfois tu vas faire tes courses ? Bises

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