En vain, d’Alsace ; épisode 109 : DE BONS PETITS DIABLES

Ambroise Perrin

Ils lisent déjà beaucoup disent les parents en parlant de leurs jumeaux de huit ans, un garçon et une fille, qui préfèrent rester enfermés dans leur chambre plutôt que d’aller jouer dehors dans le parc. Ils lisent des mangas, juste les images, et depuis longtemps ne s’intéressent plus aux contes de fées de leur âge.

Et ils dessinent tout le temps, ils racontent des histoires dans des cahiers, des BD disent-ils. À tour de rôle, c’est elle qui a l’idée et lui dessine, et à la page suivante ils inversent. 

Et ça raconte quoi vos histoires ? Ils ne répondent pas et cachent leurs cahiers dans une petite boîte fermée à clé. Les parents ont eu la curiosité d’y jeter un œil par indiscrétion et aussi, quand on a des enfants artistes, par fierté… et ils sont effarés. C’est du porno, dit la mère qui n’avait jamais lu un livre pornographique, c’est dégueulasse répliqua le père. On voyait quoi ? Des scènes scabreuses avec des sexes gros comme des gourdins, des animaux entassés les uns sur les autres en copulant, des enfants nus jouant au ballon, la maîtresse d’école avec un gros ventre, enceinte. Mais où avaient-ils vu tout cela ?

C’est grave docteur demanda le père à la psychologue, avec qui ils avaient pris rendez-vous, en montrant des photos sur son téléphone. Vous en avez parlé avec vos enfants ? Non, non, ils ne savent pas qu’on a regardé leurs cahiers, on voudrait d’abord comprendre. Est-ce qu’ils ont accès à internet questionne la médecin. Non, pas encore, dans leur chambre pas de tablette, pas de téléphone portable. Quand ils regardent des dessins animés c’est au salon. De mon temps… reprit la mère, qui se souvenait d’avoir joué à 1, 2, 3 soleil ! en lançant la balle le plus haut possible contre le mur. 

Y a-t-il beaucoup d’enfants aussi pervers ? Non ce n’est pas de la perversité… Mais ce n’est pas normal quand même, est-ce que nos enfants sont malades ? Nous n’imposons aucun mode de vie à cause d’une religion, et nos choix éducatifs sont très ouverts et ne provoquent certainement pas des velléités de révolte. Qu’est-ce qui a pu les influencer comme cela ?

Peut-être simplement leur imagination et leur curiosité répond la psychologue, ce qui laisse encore plus désemparés les parents. Vous avez bien fait de venir m’en parler, mais je pense que c’est plus un problème de parents que d’enfants… Je ne dis pas cela pour que vous culpabilisiez d’une quelconque erreur d’éducation, non, je vous propose que je rencontre vos enfants, ils viendront en consultation, d’abord ensemble puis je les recevrai individuellement. Mais n’ayez pas peur, ils sont normaux vos jumeaux ! Vous savez, il ne faut pas se taire sur ces sujets, il y a de bonnes études scientifiques qui développent ce thème, la transgression enfantine. 

Nous sommes dans une période de confusion de la réalité et de nos impressions, les enfants sont des explorateurs, les vôtres ont le talent d’exprimer leurs découvertes… 

Mais c’est quand même gênant, je n’oserai jamais en parler à d’autres parents, à la famille, on va penser que je suis un pervers, reprit le père. Non, lisez ces articles, ce ne sont pas des fantasmes inavouables. Il n’y a pas de monstruosités au fond de votre âme, vous n’êtes pas des parents immoraux !

Seront-ils un jour des adolescents malheureux, demande encore la mère, à l’idée de gâcher 20 ans de sa vie à gérer une famille et d’avoir des monstres comme résultat. La question surprend la psychologue. Vous découvrez qu’il n’y a pas d’âge pour commencer à se débarrasser des parents et d’avoir envie de vivre tout seul, vous avez raison, il faut leur souhaiter d’être, même sans vous, toujours heureux… Les parents ne soupçonnent pas leur solitude. 

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