En vain, d’Alsace ; épisode 106 : AIMER ET COMPRENDRE

Ambroise Perrin

Elle avait huit ans et elle s’est pendue. Le pompier qui l’avait décrochée après avoir défoncé la porte, et qui avait des enfants de son âge, et qui en avait vu des malheurs, se demanda, bouleversé, ‘quand même pourquoi une telle funeste extrémité’ ? 

Des jeux vidéo, des clips ridicules de bêtise, un monde numérique irréel ? Elle avait laissé une petite lettre, ‘je ne vous aime pas’ qu’on pouvait traduire par ‘personne ne m’aime’. Sa mère dit alors ‘comment a-t-elle pu me faire ça, à moi ?’

Le journal publia gauchement le drame dans la rubrique fait divers en interviewant une psychologue, comme pour rassurer tous les parents-lecteurs. Ceux de la gamine répondaient qu’il s’agissait d’un accident. Et pour les copines, fallait-il créer une cellule psychologique ? Et la meilleure copine, détenait-elle un secret ? Une spécialiste de la police nationale entrepris de la questionner. Elle n’avait rien à dire et la flic nota simplement qu’elle n’avait pas l’air triste. 

Ceux qui savaient qu’il fallait être triste déposaient des bouquets de fleurs blanches devant la grille de l’école. Quand on vit le père qui était venu chercher le petit frère à la sortie de la classe, personne n’osa lui parler. De toute façon depuis ce jour-là, il ne parlait plus. La police aussi l’avait interrogé et fouillé dans son ordinateur. Il ne lui était pas venu à l’esprit qu’on aurait pu le soupçonner de quelque chose. 

Rien à l’autopsie. On explora ses jeux vidéo, il y avait des roquettes, des mitraillettes, des bazookas, des bombes à retardement, des crashes au sol, des explosions, mais pas de corde pour se pendre. 

En fait, le plus triste c’est que ‘l’on ne comprenait pas’. Son instituteur confia à un journaliste que c’était peut-être une marque de liberté. Le lendemain il faillit se faire lyncher.

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