En vain, d’Alsace ; épisode 100 : LA FEMME QUI HURLE

Ambroise Perrin

Elle ne parle pas, elle crie. Ce n’est pas qu’elle parle fort, non, ce sont des phrases hurlées. Elle ne crie pas pour son entourage, qui n’est pas sourd, elle crie pour elle, et l’on comprend vite que c’est sa seule façon de s’exprimer.

Qu’est-ce qui lui arrive ? On sait qu’elle a eu un grand malheur, c’est peut-être sa façon d’exprimer sa souffrance. À la maison, quand les petits dorment, elle prend un carnet et griffonne quelques mots. Mais dehors elle refuse d’être «raisonnable» comme on le lui demande. À la boulangerie on a pris l’habitude, et aucun client ne ricane. La vendeuse a juste cessé de lui demander « et avec ça ? ».

En ville, quand elle doit s’exprimer, ses phrases si fortes font sursauter, on la prend pour une dingue. Avec ses élèves au début c’était compliqué. Les autres profs étaient abasourdis, ils ont tenté de comprendre, de l’aider, ils lui demandaient de baisser de ton, elle souriait et continuait à hurler.

Les gamins ont été les premiers à être «tolérants», ils ont expliqué aux autres classes que c’était comme un handicap, et que leur prof était différente, c’est tout. Pendant son cours, elle mange du miel parce que sa gorge irritée lui fait mal. Comme elle parle plus lentement tout le monde assimile mieux le vocabulaire qu’elle choisit plus attentivement.

Vient le jour du tribunal pour condamner celui qui a fait son malheur. Le juge tente de lui expliquer que pour la sérénité des débats, elle doit se conformer aux usages de la Cour. Elle explose, elle hurle encore plus fort. Moi, après tout ce que j’ai subi, vous voudriez que je redevienne «normale» ? Vous voudriez une atmosphère feutrée entre personnes convenables après tout ce que j’ai vécu d’insensé ?

Rassurez-vous en vous disant que je hurle parce que je souffre. Je hurle parce que je ne sais plus parler. Je hurle parce que cela vous dérange et pour que le salopard en face de moi fasse des cauchemars, je hurle parce que jamais je ne serai guérie, je hurle parce que c’est devenu ma vie. Je ne peux plus vivre comme avant, le tribunal ne pourra jamais me redonner ma voix harmonieuse, polie, respectueuse.

Je hurle pour ne pas devenir folle même si vous me prenez pour une folle parce que je hurle.

3 commentaires sur “En vain, d’Alsace ; épisode 100 : LA FEMME QUI HURLE

  1. Ah ! Grâce à toi, je vais essayer de mieux supporter les hurlements de ma voisine du dessous, je me demande ce qui dans son histoire a engendré cette façon de s’exprimer : elle vit seule, sa fille qui occupe l’appartement du dessous, hurle aussi, fait des scandales à répétition, c’est un cauchemar ! La mère était secrétaire à la CUS et la fille travaillait aux HUS comme opératrice pour les IRM. Je crois qu’elle est actuellement à mi temps (problèmes de dos). Elles sont à deux, propriétaires de tout l’immeuble (sauf de notre appartement, qui est comme l’Ukraine au milieu de la Grande Russie !) N’ont pas d’amis, pas de visites, pas d’activités culturelles mais elles ont beaucoup de tocs : interdiction d’ouvrir les fenêtres dans la montée d’escalier depuis plus de 5 ans, les 2 portes de l’immeublesont fermées à clé (l’interphone ne sert donc à rien), le médecin m’a dit que « c’était une perte de chance » si moi ou Bill avait un malaise…J’ai parlé de cela aux pompiers qui m’ont dit : « nous on défonce tout !, ce qui me semble impossible de toute façon. J’ai appelé l’ADIL qui m’a écoutée patiemment et dit de contacter un commissaire de justice à la Ville. Je n’en peux plus ! Il y a comme un mélange d’hystérie et de délire paranoïaque ! Le voisin du dessus, qui est leur locataire, un brave gars pacifique, a subi leur vindicte récemment, coups violents sur sa porte + hurlements, le reproche : « vous avez pris un bain trop longtemps »!! J’avais déjà vécu cela une fois, l’histoire du bain !!! Dernière victime de ces 2 folles un petit yorkshire qui ne sortant jamais, aboie sans cesse : quand je passe devant leurs portes je traduis les aboiements par « sors moi de là ! » 😉🤣 Bises Tu détruis ce message après lecture, comme dans l’ancien feuilleton TV ?

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