Ambroise Perrin
Il a été décrété que c’était bon pour le moral. Cette chronique, je l’écris avant que l’épreuve n’ait lieu et vous la lirez quand la médaille d’or aura été remise à la vainqueur, je sacrifie bien volontiers à cet engouement pour l’évènement du siècle (depuis 1924 !), les Jeux Olympiques chez nous : même les journaux les moins sportifs sont dithyrambiques, on ne peut plus allumer la radio sans entendre « quelle émotion ! » à propos d’un sportif qui va plus haut ou plus loin qu’un autre.
Nous ne sommes qu’au deuxième jour des épreuves et l’on est déjà noyé dans les médailles. J’imagine (je blague) que le dernier jour on titrera, lassés, en grand et en « Une »: OUF !
Je suis certain que l’on trouvera des champions « médaille d’or » dont la grand-mère est alsacienne, et l’on s’appropriera une sportive qui vit ici (de passage par hasard) depuis un an pour lui coller une glorification régionale. Donc moi aussi !
Prenez par exemple Augusta Muller, qui court très vite, elle était championne de sa classe au stade de l’Union à Haguenau, elle est arrivée première aux courses académiques, puis départementales, puis régionales (elle a gagné à Charleville-Mézières), elle a fait des stages en équipe de France et voilà, elle est qualifiée pour les épreuves de cross-country olympique féminine…
Je raconte vite puisqu’il s’agit surtout d’associer Jeux Olympiques et Alsace pour plaire à mes chers lecteurs alsaciens, voilà, c’est la Finale, un groupe de cinq coureuses en tête, puis trois, puis à 200 m de l’arrivée un beau duel en vue, les deux championnes se jaugent, la tactique c’est de laisser l’autre lancer le sprint pour la doubler à l’arrivée, Augusta observe son adversaire, mais c’est Karolina, l’Ukrainienne réfugiée à Wissembourg, nous sommes à 10 m de l’arrivée, Augusta accélère, passe Karolina, lui prend le bras, le lève avec le sien et la pousse sur la ligne en restant 30 cm en retrait, Médaille d’Or pour la réfugiée, une belle histoire larmoyante, que c’est beau et même grandiose l’esprit olympique, « émotion ! », je vous avais prévenu. (Et ce n’est pas plus nul que les vrais exploits des dingues qui pleurent d’avoir raté la médaille pour 1/100 de seconde).
Je l’écris avant que l’épreuve n’ait lieu ! Avec déjà le résultat ! bravo !
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