Ambroise Perrin
À 45 ans, elle ne se demandait plus si elle était désirable, cela faisait si longtemps que Paul, son petit mari, sans rien dire, se réveillait de temps en temps, pour ce qui semblait correspondre à cette horrible sentence, le devoir conjugal. Elle se pomponnait toujours, par simple habitude, mais pas seulement, l’élégance étant une manière de vivre que l’on n’oubliait pas.
Bien sûr, elle se faisait toujours draguer, et elle imaginait, avec une indifférence qui était vite devenue lassante, que c’était pareil pour son mari. Il avait si peu de caractère qu’elle avait du mal à imaginer qu’il la trompait. Paul, en latin, cela veut bien dire « petit ». Que dirait-il si elle prenait des amants ?
Rodolphe ou Léon, pour plonger dans la tristesse de Madame Bovary ? Avec plus ou moins de délectation elle s’est mise « à jouer avec le feu », elle aimait cette expression, en portant de petites robes légères, en retenant ses cheveux avec des lunettes de soleil de marque, en ne mettant plus de soutien-gorge sous des pulls aussi moulants que son blue-jeans trop serré. Advienne que pourra ! Elle trouva des copines pour passer du temps à la terrasse du café Brant en sirotant à la paille des mojitos.
Peut-être n’aurait-elle pas dû rompre avec sa vie parisienne, les tourbillons de la Fac puis un super job dans une entreprise américaine, peut-être ne pas accepter « par amour » de venir ici à Strasbourg. Elle aurait pu rejoindre le siège à Chicago, épouser un Texan et vivre aujourd’hui à Miami. Et là, elle était membre de la chorale Saint-Maurice ! Le seul beau mec, c’était le vicaire, qui devait être gay ! Et demain, grande occupation, ce seront de nouveaux stores au salon, ils deviennent grisâtres au bout de 10 ans.
Son boulot, elle allait changer de boîte pour se persuader qu’elle était toujours ambitieuse, trouver un poste de responsabilité bien payé, avec son expérience, ce n’était pas un problème.
Mais surtout, ces bouffées d’amour, avant qu’il n’en reste que de la mélancolie, elle les reportait sur ses enfants, envahissant son petit garçon qui devenait adolescent de bisous en public, ce qu’elle ne pouvait plus faire avec sa grande de 16 ans, qui n’offrait maintenant à sa mère que des regards de pitié, qui masquaient mal sa gêne devant la « transformation », -elle lui sortit ce reproche un soir-, de sa petite maman !
Le temps allait passer, elle le savait.
pomponner (se) = verbe pronominal = s’habiller coquettement. A ne pas confondre avec pouponner Les origines historiques du mot « pomponner » sont curieuses !
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