En vain, d’Alsace ; épisode 60 : LYSISRAËLTRAGAZA ARISTOPHANE 

Ambroise Perrin

On baise plus tant que les mecs se battent. Vous m’entendez ? Niet, nada, que dalle, allez-vous faire foutre, on ne baise plus, terminé, on veut la paix ! la Paix mondiale ! Ouais… je n’ai pas dit qu’on n’avait pas envie, peut-être plus qu’eux, mais ce qu’il faut leur faire comprendre, c’est qu’on fait la grève ! Ouais les nanas ! La grève contre la guerre ! Ah Miquelas fait des blagues ? Et Guillaume qui meurt de désir son prépuce découvert ? Réveillez-vous les élèves, la pièce de théâtre est au programme du Bac cette année !

Ça va râler, ça va hurler, c’est sûr, mais je vous promets, Lysistrata, ça va marcher ! Femmes d’Athènes, femmes de Sparte, femmes de Gaza, femmes d’Israël, toutes ensemble, toutes ensemble ! Débarrassons-nous de ces terroristes, renversons ces extrémistes. On fait d’abord le ménage chez nous ! On prend les armes contre nos oppresseurs ! Vive les casques bleus d’Aristophane ! Cela fait combien d’années qu’ils se battent comme des malades ? Aujourd’hui Micias nous apporte un espoir de paix, et Darcy lui, dit des conneries, « faites l’amour, pas la guerre ! ». Moi, Lysistrata, je dis « ne faites plus l’amour, ça arrêtera la guerre ! »

On va les attendre, nos mecs, toutes pouponnées, toutes mignonnes, avec nos petites robes couleur safran, nos manteaux droits et nos belles chaussures, les parfums, le maquillage et les petites chemises transparentes ! Ils seront là, à nos pieds, à gémir : « nous bandons ! » Vous bandez ? J’en suis fort aise ! et bien faites la paix maintenant…

On dira que nous sommes des naïves ! Eh bien non, nous sommes des salopes ! Et tout le monde doit le savoir, les citoyens, les étrangers, les métèques, les femmes et les esclaves ! Vous allez voir les ambassadeurs spartiates et athéniens venir nous faire la leçon, nous demander d’être raisonnables… « Comment ça, raisonnables, imbéciles ? Vous prenez des décisions désastreuses et il ne faudrait faire aucune remarque ? À votre tour d’écouter nos conseils et de vous taire, comme nous auparavant. Nous allons vous remettre sur le droit chemin ».

Les filles ! Ce n’est pas pour nous que nous faisons tout cela, c’est pour la Grèce toute entière ! Je ne suis pas une déesse, je suis une femme comme les autres ! Je ne suis pas avide de pouvoir, je ne veux qu’une chose, un banquet de réjouissance en l’honneur de la Paix, où l’on baisera comme des dingues, avec des mecs bien repus. Lampita, Calomice, Myrrhine ! Vous m’entendez ? À aucun moment, il ne faudra céder !

Oui, nous aimons le sexe ! Oui, les hommes aussi ! Mais ce sont de gros balourds, il faut les manipuler pour laisser libre cours à nos rêves de paix et de bonheur ! Messieurs, nous sommes un fléau ? Oui nous sommes le grand fléau des hommes. Tout vient de nous. Les procès. Les disputes. Les rebellions terribles. Les chagrins. Les guerres. Mais voyons, puisque nous sommes un fléau, pourquoi nous épousez-vous, hein, puisque nous sommes un fléau ? Pourquoi ne nous laissez-vous ni sortir, ni pencher la tête dehors, pourquoi déployez-vous tant de zèle à garder le fléau ? S’il arrive que votre petite femme soit sortie et que vous la trouviez dehors, vous voilà fous furieux, alors que vous devriez vous réjouir si vraiment vous estimiez que le fléau a décampé, si vous ne trouviez plus le fléau à la maison ! Allez, voilà, ça commence ! Je suis comme une gourde à attendre sur la place déserte… C’est l’aube…

Si je les avais invitées à une fête de Pan ou d’Aphrodite, ou à une Bacchanale, toutes les voisines auraient accouru, ce serait la pagaille… Ah, il y a Calomice qui arrive ! Elle va encore trouver que j’ai une tête en porte de prison, tellement j’ai l’air de vouloir dire quelque chose de très, très important. J’espère qu’elles vont toutes venir, et ne pas rester à la maison à cajoler leur mari ou à torcher leur bébé. La situation politique dépend de nous, les femmes. Ou alors il ne restera bientôt plus aucun Péloponnésien, toute la Boétie sera détruite… Je suis certaine qu’elles vont toutes venir, elles vont débarquer, les Athéniennes, à la dernière minute en bonnes Méditerranéennes… Et celles de l’île de Salamine… qui mouillent dès le matin… leurs bateaux. Et les Acharniennes, qui souffrent tant de la guerre, et celles des marécages d’Anagyre, qui sentent si fort…

Ah mais voilà Lampita, ma petite spartiate préférée, avec son corps musclé qui pourrait étrangler un taureau… Par Castor et Pollux, quels beaux seins ! Et cette autre fille ? Une Corinthidienne, profonde… d’un côté comme de l’autre ! Mesdames ! Je vous ai convoquassées … (!!!) … vos hommes sont au front, en Thrace, à Pylos… ils reviennent parfois à la maison, posent leur bouclier, se soulagent sans que vous ayez besoin d’un fétiche de huit pouces en cuir… et pffuit, ils sont évaporisés… (!!!)

Êtes-vous d’accord pour me suivre si je vous dis que j’ai un moyen de mettre fin à la guerre ? Voulons-nous toutes forcer nos maris à faire la paix ? Eh bien, nous allons devoir nous passer de quelque chose ! – Vous le ferez ? Vous n’hésiterez pas ? Nous devrons nous passer… de … bites ! Ne protestez pas ! Je sais que certaines seraient prêtes à marcher sur le feu plutôt que de se passer de bites, car rien ne vaut la bite, ma chère… Euripide a raison quand il écrit que nous sommes une belle bande de salopes et que nous ne sommes bonnes qu’à une chose… Roupiller toute seule, sans une bite, c’est pénible, mais tout de même, c’est un cas de force majeure, nécessité de Paix !

On va rester là, chez nous, bien maquillées, à se balader toutes nues sous nos fameuses petites chemises transparentes, le triangle bien épilé… Nos maris banderont comme des fous et voudront aussitôt nous baiser… Eh bien, on se refusera à eux, et si on ne cède pas, croyez-moi, ils feront aussitôt la Paix ! S’ils nous laissent tomber, il faudra, comme dit le poète, « caresser la petite chatte perdue » … S’ils nous attrapent et nous traînent de force dans la chambre, on se cramponnera aux portes ! S’ils nous battent, il faudra bien se livrer, mais il n’y a pas de plaisir quand on fait ça de force. On essayera de leur faire mal. Un homme n’est jamais comblé s’il ne fait pas jouir sa femme. Vous êtes toutes d’accord ? Vous saurez convaincre les vôtres ? L’autre problème, mais on s’en est occupé, c’est l’Acropole et son gigantesque paquet de fric : les plus vieilles vont prétexter un sacrifice pour occuper les lieux. Everything is under control.

Je vous propose maintenant de prêter serment… sur des entrailles ? ou alors comme chez Eschyle, en égorgeant un mouton sur un bouclier ? Bon, un bouclier pour un serment de paix, ce n’est pas l’idéal… On peut aussi découper un cheval blanc en morceaux… ? Oui, Calomice, bonne idée ! Au lieu d’un mouton, on « égorge » une cruche de vin ! Comme du beau sang bien rouge qui gicle bien, et on jure de ne jamais y mettre d’eau ! Ô puissante déesse de la Persuasion, acceptez ce sacrifice et soyez favorable aux femmes ! Répétez toutes après moi : Nul, ni mari, ni amant… ne m’approchera… en érection… je passerai ma vie à la maison… sans homme… m’étant faite belle dans ma petite robe jaune… pour chauffer au maximum mon mari… s’il me prend de force malgré moi… je ne lèverai pas mes jambes au plafond… je ne ferai pas la position de la lionne sur une râpe à fromage… que ce vin soit pour moi si je tiens mon serment…

Vous êtes toutes prêtes à jurer ? Alors, je bois ! Et maintenant allons à l’Acropole aider les autres à se barricader. Au moyen de verrous et de pieux, nous fermerons les neuf portes. Strymodore, avec toutes ses médailles et son chœur de vieillards voudra nous foutre dehors ? Il veut nous enfermer ? Il veut brûler les portes ? Mais voilà que Stratyllis et son chœur de vieilles femmes, portant des cruches d’eau, viennent à notre secours ! Les femmes viennent au secours des femmes ! Les hommes pètent de pétoche ! Stratyllis les défie, comme une chienne qui leur mordrait les couilles ! Elle s’approche du bûcher avec sa cruche… Strymodore la traite d’insolente et veut lui clouer son grand bec, lui brûler les cheveux…

« Je suis une femme libre », répond-elle, grandiloquente… Ça y est ! On a mis en place une « cellule psychologique ». Et y’a le ministre qui arrive ! Il va parler à la télévision ! « Une fois de plus c’est flagrant, les femmes sont des dépravées… » En tant que ministre, je dois, après l’expédition en Sicile, reconstruire la flotte de guerre… Et maintenant que l’on doit payer, les femmes bloquent les portes de l’argent public ! Il faut faire sauter les verrous ! « Gardes, attaquez ! » Et bien c’est nous les femmes qui attaquons les gardes ! Nous sommes plus nombreuses ! Rendez-vous, vous êtes cernés ! Et maintenant le ministre qui veut instaurer le dialogue ! Il accepte de discuter avec les bêtes sauvages !

Oui, Monsieur le Ministre, nous avons barricadé la citadelle pour mettre l’argent public à l’abri, et que cela vous empêche de faire la guerre ! C’est bien pour arriver au pouvoir et voler l’argent que les politiciens font des putschs ! Cela vous paraît incroyable, Monsieur le Ministre, mais c’est nous qui allons gérer l’argent… Vous dites que c’est l’argent de la guerre, mais nous, les femmes, justement, on trouve qu’il n’y a aucune raison de faire la guerre… C’est nous, les femmes, qui allons sauver le pays ! Ah, vous êtes stupéfait, ah, vous trouvez cela absurde ?…

Mais qu’est-ce qui te prend, ministre, à lever la main sur moi ? Tâche de te contrôler sinon c’est toi qui va en prendre une ! Guerre et Paix, maintenant, on va s’en mêler ! Fini le temps où l’on se taisait à la maison… Fini le temps de porter le voile, sur la tête et dans la tête… Finie la soumission ! Tiens, ministre, prends-le, mets-le sur ta tête et tais-toi ! Prends aussi ce petit panier de couture, mets bien ta robe, et fais ton ouvrage en grignotant des fèves. Moi aussi je peux railler. Hector s’adressant à Andromaque dans l’Iliade dit que « la guerre est une affaire de femmes ! » Et merde à Homère ! Allez le ministre, sois belle et tais-toi ! »

Eros et Aphrodite provoquent chez les hommes des raideurs délicieuses, dures comme des bâtons, et nous insufflent du désir à nos seins et à nos cuisses, nous les femmes… Un jour viendra où la Grèce nous appellera Mesdames Armistice. Nous aurons mis fin à la folie des hommes et à leurs habitudes de se promener dans les rues en armes et de parader en 4 x 4 ! N’est-ce pas ridicule de voir un homme acheter du poisson avec son bouclier à la main ?

Le pays, c’est comme une pelote de laine, lorsqu’elle est emmêlée, on la prend comme ça, et on la démêle, un coup par-ci, un coup par-là. On fera pareil avec la guerre, on la démêlera en envoyant des ambassadeurs, un coup par-ci, un coup par-là ! La politique est l’art du tissage, on a un modèle, c’est Platon ; avec notre énorme pelote de laine, on va tisser un manteau pour le peuple. Vous allez voir si les tricoteuses ne connaissent rien à la guerre ! Nous les femmes, on la subit deux fois plus que les hommes. D’abord en tant que mères des soldats envoyés au front, ensuite en tant que femmes devant profiter de notre jeunesse et des plaisirs. Et nous dormons seules à cause de vos expéditions ! Les jeunes filles vieillissent dans leurs chambres, c’est désolant ! Les hommes, même un peu grisonnant, ont vite fait d’épouser une gamine à leur retour, mais une femme qui a raté le coche, plus personne n’en veut !

Alors toi le ministre, ne me touche pas, tu me salis ! Casse-toi, pauvre con ! Va mourir ! Achète-toi un cercueil, prends ces fleurs et fais-t ’en une couronne. Monte dans la barque… Charon, le passeur des Enfers t’appelle… Quant à nous mes amies, restons vigilantes ! Les gardes ne semblent pas vouloir dormir. Ils vont nous accuser de comploter, d’instiguer un coup d’état, comme sous le régime tyrannique de Pisistrate et de ses fils Hipparque et Hippias. Ils vont avoir besoin d’argent pour vivre. Tentons de les réconcilier avec les Spartiates, même s’ils ne leur font pas plus confiance qu’à un loup mélenchonite la gueule grande ouverte.

Tiens Strymodore prêt à lever le poing sur Stratylis… la vieille ne se laisse pas faire ! Les vieilles cocottes, ses copines, arrivent à la rescousse ! Elles enlèvent leurs manteaux… Avis à la population d’Athènes ! Dès l’âge de sept ans, nous avons été consacrées à la déesse Athéna, à dix ans nous préparions les gâteaux sacrés, puis nous avons mis nos premières robes pour servir la déesse Artémis, et belles jeunes filles nous avons porté la corbeille sacrée parées d’un collier de figues sèches. C’est pour cela qu’il est de notre devoir de vous donner de bons conseils. Oui, nous ne sommes que des femmes, justes bonnes à payer leur tribut, à fournir les hommes. Mais vous aujourd’hui, vous avez dilapidé le trésor gagné pendant les guerres Médiques. Vous ne payez pas vos impôts, nous risquons la ruine.

Ah, vous aussi vous enlevez vos manteaux, vous cherchez l’affrontement, vous voulez montrer que vous avez des couilles ? Mais regardez comme on vous agrippe avec nos mains collantes ! Comme on vous surpasse à cheval, nous ne glissons jamais, même au galop ! Vous les hommes vous nous craignez comme les Amazones du peintre Micon ! Vous vous mettez nus parce qu’un homme doit sentir l’homme ? Mes amies, déshabillons-nous vite, qu’ils sentent bien l’odeur des femmes en colère, prêtes à mordre ! Tant que ma petite Lampita et ma copine Imène de Thèbes sont à mes côtés, vous ne nous faites pas peur…

Même si vous faites voter des lois sans majorité ou prenez sept décrets, vous n’aurez jamais aucun pouvoir sur nous, car « il n’y a pas faible qui ne puisse un jour tenir sa revanche ». Esope raconte comment un faible scarabée se venge d’une reine, une aigle toute-puissante qui a tué son compère le lapin, en parvenant à casser par trois fois ses œufs. Voilà des jours que je vous raconte notre lutte de femmes et notre occupation de l’Acropole. Aujourd’hui je me sens découragée. J’ai le blues, et « c’est trop honteux à dire, mais aussi trop dur à taire », comme on le voit si bien dans les tragédies d’Euripide. Je vais faire bref : « Les femmes, nous sommes toutes atteintes de baisophilie ! De plus en plus de copines s’échappent pour s’envoler au septième ciel. Elles rentrent à la maison sous n’importe quel prétexte, mais camarades, la lutte continue !

Tu parles ! L’une veut vérifier que son manteau de fourrure n’est pas mangé par les mites en allant l’étendre sur son lit, l’autre veut se mettre en branle parce que son ménage n’est pas fait, une autre encore prétend retourner chez elle pour accoucher, avec un casque de bronze sur le ventre pour simuler d’être enceinte, encore une qui crève d’insomnie à cause des « hu-hu-hu-hu » des chouettes… Toutes souffrent, comme des diablesses, de menteries ! Elles regrettent leur mari, un point c’est tout. Mais je suis certaine que pour eux aussi, les hommes, les nuits sont une souffrance terrible… C’est pour cela, les amies, pour la victoire, que nous devons rester unies ! Un oracle nous promet cette victoire : « les chattes se blottiront ensemble pour faire fuir le loup ». Je vois les groupes de vieilles et de vieillards qui s’interpellent… Et lui que demande-t-il ? – Hé la vieille, je voudrais te baiser ! – Essaie un peu et tu n’auras pas besoin d’un oignon pour pleurer ! – J’ai vraiment très envie de te taper ! – et si c’est moi qui te donnais un coup de pied ? – On verrait ta chatte poilue ! – Rien ! Toute vieille que je suis, je suis épilée de près.

Oh là, mais il y a un homme qui arrive ! Il marche bizarrement, il semble gonflé à bloc, il est tout raide ! Mais c’est Miquelas, le mari de Myrrhine… Myrrhine, à toi de jouer, chauffe-le, titille-le, câline-le ; je vais t’aider à le cajoler et le faire mijoter ! Bonjour monsieur Miquelas-du-Boncoup, je suis la sentinelle ! Mais il semble que cela tire de partout, tu es tout raide ! Cela doit être une véritable torture ! Ton nom ne nous est pas inconnu, chaque fois qu’elle mange une carotte ou une banane, ta femme soupire « ah si c’était Miquelas ! » … Il paraît que les autres hommes, c’est de la gnognotte à côté de toi, Miquelas… Ah, tu veux que je l’appelle ? Et que me donnes-tu en échange ? Ton sexe en érection ? Bon, je descends l’appeler… Elle dit qu’elle t’aime mais qu’elle ne va pas te voir ! Ah ! Tu ne fais que bander ?

Et voilà Myrrhine qui apparaît, que fais-tu Miquelas, tu veux qu’elle prenne pitié parce que votre enfant n’a pas mangé ni pris un bain depuis six jours ? Eh bien, tu es un bien mauvais père ! Allez fiston, embrasse ton petit papa chéri, mais toi Miquelas, bas les pattes ! Non, ta femme ne rentrera pas à la maison pour célébrer les obligations sacrées envers Aphrodite… Non ! Pas tant que vous n’aurez pas signé la fin de la guerre ! Ah, tu dis que tu verras ? Que tu veux coucher avec elle tout de suite, là, devant le petit ? Tu veux aller dans la grotte de Pan ? Mais Myrrhine ne peut pas, elle a fait un serment ! Tu prends le serment sur toi ?

Myrrhine, tu vas chercher un lit ? Ah Miquelas, tu veux faire cela par terre ? Myrrhine préfère un lit, couche-toi pendant qu’elle se déshabille ! Mais oui Myrrhine, va chercher un matelas, ce sera mieux ! Voilà… un petit bisou ? Mais oui Myrrhine, il faut aussi un oreiller, va chercher un oreiller… Tu parles à ta bite, Miquelas ? Tu as peur qu’elle meure de faim ? Voilà l’oreiller, voilà, sous la tête… Attends, Miquelas trésor, qu’elle enlève son soutien-gorge. N’oublie pas qu’il faudra signer le traité de Paix ! Mais oui Myrrhine, va chercher des couvertures ! Et puis, avant de le laisser te baiser, tu devrais le mettre droit et le parfumer. Toi Miquelas, tu veux faire gicler ton parfum ? Myrrhine, Miquelas aime les parfums de luxe, va en chercher un autre ! Oh ! La belle fiole ! Toi aussi Miquelas tu as une belle fiole… Mais oui Myrrhine, il faut aussi que tu enlèves tes chaussures ! Oh ! Myrrhine est partie en courant ! Miquelas chéri, n’oublie pas de voter pour la Paix !

Qui vas-tu baiser maintenant ? Tu connais un proxénète ? J’ai même pitié de toi, de ton âme, de tes couilles, de tes hanches et de ta queue en érection ! Quelle terrible crampe tu as ! Et oui, Myrrhine est une salope, pas une princesse ! Tu peux toujours demander à Zeus de l’envoyer en l’air et de la faire tomber pile sur ton gland !

Je vais maintenant sur la place du Sénat à Athènes. Mesdames, Messieurs bonsoir… La situation dure depuis des jours, vous voyez autour de moi des messagers, des hérauts, des sénateurs… Tous cachent d’énormes érections sous leur manteau… Ah voilà le messager de Sparte, il ressemble à un démon en rut, non, ce n’est pas une lance qu’il a sous le bras, je vois qu’il retourne son manteau, oui Mesdames et Messieurs, le messager de Sparte bande comme un gros dégueulasse, cela ressemble aux gros tubes où l’on range les messages… Il dit qu’il vient de Sparte pour la pacification, que tous les membres de Sparte sont extrêmement tendus, que leurs sacs à foutre débordent… Il demande si c’est le vieux lubrique de Pan qui a manigancé ce désastre.

Le Sénateur lui répond que ce sont les femmes, et que les femmes de Sparte font partie du mouvement ! Comment cela se passe-t-il dans le reste du pays ? Les hommes marchent pliés en deux, comme des transporteurs de lanternes ? Et les femmes ne veulent même pas qu’on leur touche la touffe tant que la Paix n’aura pas été promulguée avec la Grèce ? Oui, Mesdames et Messieurs, c’est un complot de toutes les femmes réunies. Le Sénateur réclame des négociations ! Des ambassadeurs de la Paix sont nommés, ils vont se rendre à Sparte, à Athènes… leur argument pour convaincre ? Leur bite !

Oui ! Aucun fauve, aucun feu n’est plus dur à maîtriser qu’une femme, et aucune panthère n’est plus enragée ! Nous assistons à des scènes de fraternisations, les femmes vieillardes rhabillent les vieillards, voilà Stratyllis qui enlève un moucheron de l’œil de Strymodore, il la remercie par un câlin, les vieilles femmes embrassent les vieillards… Strymodore jure de faire la Paix, il propose de chanter ensemble et cite le proverbe « avec elles, c’est la catastrophe, mais sans elles, c’est aussi la catastrophe ! »

Maintenant, tous les citoyens s’invitent les uns chez les autres, se préparent à sacrifier des cochons de lait, à dépenser de l’argent dans la liesse générale… Mais les portes restent fermées tant que la Paix n’est pas vraiment signée. Les ambassadeurs de Sparte arrivent devant l’Acropole. Ils ont une espèce de caisse à outils entre les cuisses… Oh ! Le mal a énormément grossi ! L’inflammation s’aggrave, ma parole !

Le Sparte s’adresse à Strymodore-le-Grec, il dit qu’il n’y a qu’une seule chose à faire, la Paix, à n’importe quelles conditions. L’ambassadeur athénien arrive, sa tunique fait des faux plis… Les ambassadeurs des deux pays demandent à me voir… ils me proposent d’étudier l’état des lieux et pour ce faire, ils ouvrent leurs manteaux… Des deux côtés, la même maladie… La douleur prend dès le matin, tous sont complètement exténués. Ils négocient. S’il n’y a pas de négociations, ils disent qu’ils vont finir par se taper la Grande Folle ! Tous se plaignent. Les ambassadeurs évoquent leurs érections, ils sont prêts à se réconcilier ! Ils veulent faire appel à mon expérience, moi, Lysistrata, la plus virile de toutes les femmes ! Ils ont besoin de quelqu’un de bienveillant et de méchant, de tendre et de teigneux, de réel et de surréel, de terrifiant et marrant, de tolérant et d’intransigeant. De belle comme tout, Lysistrata, c’est fou !

Je les séduis par mon charme. Tous les hommes sont gonflés à bloc, pas question de se manipuler les uns les autres, c’est le moment de la Réconciliation, qui doit être belle comme une femme vêtue. Je vais demander aux Athéniens et aux Spartes de se rapprocher, près de moi, je les prends par la main, non, par la bite, tout en caresses, et je les fais se mettre côte à côte…

Écoutez-moi Messieurs ! Je suis femme, et pourtant j’ai de la cervelle ; comme Euripide, j’ai mes idées à moi, qui ne sont pas trop mauvaises. Vous aspergez les autels d’eau sacrée à Olympie, aux Thermopyles, à Delphes, vous vous entretuez, vous détruisez vos villes et vous mourrez en bandant. Souvenez-vous que vous pouvez vous faire du bien ! Souvenez-vous quand l’ambassadeur de Sparte Périclidas est venu ici à Athènes, qu’il s’est prosterné sur les autels, tout blanc dans son uniforme tout rouge, et qu’il a demandé, suppliant, une armée aux Athéniens parce que Sparte avait été touchée par un tremblement de terre. Les Spartiates avaient tant besoin d’aide humanitaire ? Alors Bernardore Kouchneros et Limon l’Athénien, à la tête de 4000 soldats, ont intégralement sauvé Sparte. Souvenez-vous aussi, quand tout le peuple d’Athènes avait été réduit à l’esclavage, que les tyrans avaient pris le pouvoir, Sparte a organisé des Brigades Internationales aller combattre pour la liberté, que les Thessaliens et les soldats du tyran Hyppias ont été tués pour que vous soyez des hommes libres ?

Oui aujourd’hui c’est le jour de la Réconciliation, le premier jour de la construction de l’Union, et ce n’est pas croyable comme son cul est beau ! L’Union a un beau cul ! Et vous, arrêtez de mirer ma chatte pendant que je vous parle ! Vous vous êtes tellement entraidés, pourquoi continuez-vous à vous faire la guerre ? Bon, Sparte, vous voulez récupérer les petites montagnes ? Mais échangez-les contre le mont de Vénus ! Mettez-vous d’accord avec vos concitoyens ! Tous veulent exactement la même chose que vous : baise pour tout le monde ! Allez-vous purifier pour que les femmes puissent vous accueillir dans l’Acropole, les portes grandes ouvertes. Là, vous prêterez serment et vous vous engagerez les uns envers les autres. Puis chacun reprendra sa femme et s’en ira. Préférons la fête, sortez vos couvertures, vos broderies, vos manteaux, vos tuniques, vos bijoux ! Offrez votre blé le plus fin aux serviteurs et aux enfants… Que le banquet commence !

Le banquet se termine ! Je n’ai jamais rien vu de pareil de ma vie. Même les Spartiates étaient charmants. Malgré le vin, on s’est très bien tenu à table. Je crois qu’il faudrait toujours être saoul pendant les rencontres diplomatiques. Quand on n’a pas bu, on ne cherche qu’à foutre la merde. Ce que les Spartiates disent, on ne l’écoute pas, et ce qu’ils ne disent pas, on l’imagine : on ne parle pas de la même chose. Dans un banquet, si quelqu’un se trompe de chanson, et bien, on fait comme si de rien n’était. Un Spartiate a demandé en fin de banquet que les musiciens jouent un air de flûte, pour chantonner une chanson en l’honneur des Athéniens. Il a évoqué le travail de mémoire, que les jeunes gens n’oublient jamais les terribles batailles qui ont opposé leurs parents, la bataille d’Artémis, les bateaux perses, le roi Léonidas et son armée de gros cochons ; il chantait une ode à la joie : « venez voir notre trêve, faisons que notre Union dure le plus longtemps possible, que notre amitié soit éternelle grâce à nos serments ».

Oui, moi Lysistrata, j’invite tous les citoyens de l’Union à ne pas refaire les mêmes erreurs à l’avenir. Que chaque mari à côté de sa femme, que chaque femme à côté de son mari danse en l’honneur des dieux ! Invoquons Dyonisos aux yeux lubriques et ses prêtresses déchaînées ! Invoquons Zeus le roi des dieux ! Invoquons sa maîtresse, bienheureuse et vénérable ! Invoquons toutes les autres divinités… Qu’elles soient les témoins éternels de la Paix obtenue par la déesse de l’Amour !

3 commentaires sur “En vain, d’Alsace ; épisode 60 : LYSISRAËLTRAGAZA ARISTOPHANE 

    1. Le sujet c’est Gaza, Israël… et des réminiscences scolaires, avoir joué Lysistrata au lycée à Haguenau ! Dans la traduction de Alphonse Willems (1919, université de Bruxelles) il y a vraiment plein de bites ! Au départ je voulais faire 30 lignes pour AFP En vain d’Alsace liées plus ou moins à l’actualité, et je me suis lancé… (à relire, oui c’est long mais le rythme est bon, à haute voix ça décoiffe); « Je meurs de désir mon prépuce découvert » récité à 16 ans sur scène devant les copains, ça incite à un certain anticonformisme, merci la prof de Français !

      Ensuite c’est juste pour s’amuser, avec des gros sabots comme les clins d’oeil à Guillaume Meurice et à Kouchner dans le texte… Je suis certain que ce seront des femmes qui feront que les femmes se débarrasseront de leur voile quotidien et du repos du guerrier occasionnel. Et puis, combien de femmes ukrainiennes réfugiées ont pris des amants alsaciens en attendant le « prochaine » fin de la guerre chez elles ? Un jour les femmes de Gaza prendront les armes contre leurs terrorisants mâles terroristes à domicile. Mais baissons la garde, on sait bien que le monde est une scène et que nous en sommes que de modestes acteurs…

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