Ambroise Perrin
Jules César aimait l’Alsace, enfin le territoire à gauche du Rhin, ici chez nous. Il n’aimait pas les Belges même s’ils étaient les plus braves parce qu’ils étaient éloignés des raffinements de la civilisation romaine. Et Jules César craignait les Germains, continuellement en guerre, qui interdisaient l’accès à leur territoire par des combats presque quotidiens.
Nous sommes en 55 avant Jésus Christ, le général et écrivain romain vient d’envahir la Grande-Bretagne et s’en retourne en Gaule, il ne veut donc aller ni trop au nord, ni trop à l’est. Le voilà sur la rive gauche du fleuve, dans notre belle Alsace, face aux « Champs Décumates », la Forêt Noire. Aucun village peuplé d’irréductibles Alsaciens ne saurait résister. La deuxième légion, 6000 hommes répartis en dix cohortes, aménage un camp à Argentoratum, Strasbourg, qui devient une base administrative.
Jules César souhaite prendre un peu de repos, il s’installe au Heiligenberg pour s’adonner à son loisir, la céramique sigillée. Le redoutable conquérant guerrier César se délasse et devient un sympathique Jules artisan alsacien tournant de jolis petits pots lisses et décorés d’un vernis rouge et brillant aux décors en léger relief, imprimés à la roulette. Des vestiges de son atelier ont été découverts près de Dinsheim, à l’ouest de Molsheim.
Des fouilles ont mis à jour un vaste ensemble de fours, indiquant la poursuite de cet art pendant plusieurs siècles, pour produire des ustensiles en céramique, des lampes à huiles, des amphores, des briques, des tuiles… Une coupe en sigillée décorée par Jules César se vendait au marché d’Appiacum, aujourd’hui la ville d’Epfig, 5 sesterces, la cruche ne valait qu’1 sesterce, la mesure de vin 1/4 de sesterce, mais 2 esclaves étaient vendus 5048 sesterces. Un esclave alsacien valait donc un peu plus de 500 coupes en céramique.
Mais le temps des poteries alsaciennes fut aussi celui de la stratégie. Face aux présomptueux et offensants raids des Germains, César décida d’apporter son soutien aux Ubiens, une tribu germanique alliée de Rome. Il fallait donc traverser le Rhin, et le faire majestueusement : de simples barques semblaient indignes au général et à ses troupes. César va construire deux ponts en bois, considérés comme des chefs d’œuvre d’ingénierie militaire, pour traverser rapidement le fleuve.
Dans ses « Commentaires sur la Guerre des Gaules » César précise que ces ponts furent détruits après le retour des troupes, pour que les soldats romains, mis au repos après avoir battu les tribus germaniques, goûtent, sans crainte d’un retour des Germains, aux douceurs alsaciennes. On imagine alors Jules César dans une solitude débordante, laissant les affaires courantes à ses fidèles et compétents chefs guerriers, et s’adonnant à des recherches tactiques pour son avenir impérial sous des cieux de sereine tranquillité que seuls quelques vols de cigognes, longeant le Rhin, venaient troubler.
Après avoir repoussé les frontières de la République romaine jusqu’au fleuve alsacien, César utilise ses légions pour conquérir le pouvoir à Rome en s’opposant à son ancien allié, Pompée. Acclamé par le peuple, il endosse pour dix ans tous les pouvoirs constitutionnels, pouvoirs qu’il transforme ensuite en « dictature à vie ». Les péripéties de la vie de César sont bien connues grâce notamment aux nombreuses correspondances de Cicéron. Mais c’est essentiellement l’archéologie qui permet de comprendre les entreprises militaires de César, les sièges, les campements et l’établissement de colonies, comme celles dont on retrouve les traces dans notre Alsace actuelle.
On sait également que Jules César a rédigé plusieurs ouvrages théoriques de grammaire et de rhétorique, qui sont considérés comme perdus par les historiens. Peut-être des copies sont-elles enfuies quelque part sous des ruines, en Alsace ?
Ce texte est dépaysant, c’est un beau récit antique, il foisonne de petits détails, tellement qu’on s’imagine très bien être plus de 2000 ans en arrière, vive l’Alsace, déjà du temps des Romains c’était une super région !
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