Ambroise Perrin
« Ce n’est pas la vraie ! Nicht schlimm. Das ist egal! ». Nous sommes, en cette journée universelle de la paix, le mardi 25 juin 2024, à Schaefersheim. Demain mercredi, le feu sacré arrive à Strasbourg, c’est au nord du village. La flamme a été allumée au sud, à Olympe, elle traverse le pays par relais de valeureux sportifs et, dit-on, on a dépensé dans le Bas-Rhin 180 000 euros pour voir passer le symbole brûlant. Mais là, les Chiho, en Alsace, y’en a déjà marre, les affiches J et O, comme des publicités pour un supermarché, évoquent certes la fraternité universelle mais font surtout penser à des dépenses extravagantes, à la corruption, au dopage et aux risques de terrorisme.
On leur a un peu forcé la main, et les conseils municipaux des grandes villes font le pari de la rentabilité en termes de notoriété, en sacrifiant à la démagogie d’un pseudo engouement populaire de pacotille. De nombreux villages veulent bien être de la trêve et de la fête, mais n’ont guère envie de participer, (l’essentiel étant de s’amuser) à une telle dépense, une caravane de champions, enflammée et peu écologique, parcourant leur rue principale. Donc celle-là, c’est une fausse ! La flamme, on l’a fabriquée avec un long bâton doré surmonté d’une torche en chapiteau ionique, orné de 24 cannelures. La veille du passage de la torche olympique officielle, on allume celle de Schaefersheim avec de l’huile de barbecue, elle est gratuite, et cela fait un bien plus bel effet fumeux que la cartouche de gaz propane compétente. L’on s’amuse sous la banderole « la Flam All Qui Pique », Flamme pour flammekueche, All you can eat buffet illimité, et qui pique comme des orties, il y en a plein dans les sous-bois en cette saison.
Le Président du club sportif, Michel Bréal, est une sacrée personnalité. Il a fait ses études à Wissembourg, il a écrit un livre sur la mythologie grecque, et c’est son ancêtre qui a suggéré au baron Pierre de Coubertin de réinventer le marathon dans les Jeux Olympiques moderne de 1896. Le Michel Bréal de 2024 va lui aussi inventer une épreuve olympique, et celle-là typiquement alsacienne. Il adapte pour Schaefersheim le discours qui sera prononcé par les sommités dans la capitale européenne : « bienvenue à la flamme en terre de réconciliation, de paix et de démocratie, d’oignons et de lardons ». La foule est enthousiaste. Le bus des travailleurs frontaliers à Lahr fait traverser le Rhin à quelques coureurs locaux, ils exhibent la torche, la vitre ouverte, voilà pour respecter l’esprit international, et cela fait un peu de publicité pour le village. Car c’est un événement : après l’inauguration du nouveau cimetière en 2017 et la rénovation de la toiture de la chapelle Saint-Blaise en 2018, voici maintenant 2024, l’épreuve de… la tarte flambée olympique.
Il y a d’abord des éliminatoires, on chronomètre la vitesse pour avaler une tarte homologuée, 313 grammes, 33 cm de diamètre, pâte à pain au levain. Puis des huitièmes, des quarts, une demi-finale. Le concours de la finale est retransmis sur un grand écran installé entre la rue Haute et la rue du Merle. Le vainqueur a réussi une vitesse de mastication équivalente à 37,58 km/h, digne d’Usain Bolt. Le vainqueur étant d’ailleurs une femme, la patronne de « Chez Brigitte », le salon de coiffure à côté du restaurant à la Couronne. Les épreuves suivantes se déroulent par groupes de quatre concurrents. À la lueur de la torche mythique en ce moment historique, la Flam All Qui Pique brille comme un symbole de dépassement de soi et d’esprit d’équipe.
Cher Ambroise, j’ai vraiment bien aimé, comme chaque fois d »ailleurs ….
Amicalement
Bernard
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