Dénouement

Le livre « Le Chat du 28 rêve d’une orgie perpétuelle » disponible fin du mois de juin : editionsbourgblanc@gmail.com, 12 € –dessin LR

Dénouement

Trois mois donc puis la peine de mort. Adénocarcinome exocrine. Notre personnage vivra-t-il en toute fin de fiction un charitable coup de théâtre ?

Que faire pendant trois mois si ce n’est rêver, comme notre Chat rêve d’orgie littéraire en lisant Flaubert et en rendant hommage à Alexandre Deïneka, rêve-t-on avant de mourir d’immortalité ou simplement d’éternité ? Le lecteur complice veut bien s’attendre à un coup du destin rocambolesque pour le sauver de son cancer. L’erreur médicale, le médicament miracle, la foi qui ressuscite, ou la facétie du narrateur ?

Faire le ménage dans sa vie en trois mois, laisser une trace dans l’histoire de l’humanité en un coup d’éclat. Jan Kubiš de Prague en 2021. Trouver une cible n’est pas bien compliqué. Une évidence : le vieux facho qui depuis un demi-siècle nargue la politique française et effraye les démocrates. Il doit participer à une conférence au Conseil de l’Europe, démocratie précisément oblige, on y donne la parole à tous. L’homme qui tua Liberty Valence. Les assassins célèbres, Jaurès, Kennedy, Martin Luther King, John Lennon… David et Goliath, Métastase contre Détail. Notre héros imagine le juge lui disant il vous reste quinze jours à vivre et je vous condamne à vingt ans de prison. Sa photo sur un brancard avec des tubes qui sortent de partout et un sourire triomphant. Libé qui titre « Covid sans Peine ».

Mais ses amis refusent de l’aider. Par principe, par éthique, pour toutes sortes de bonnes raisons basées sur les valeurs de la République. Blablabla pense-t-il. Faire passer un flingue, c’est les Assises. Tirer de traviole, c’est mettre la vie des autres en danger. On se bat dans les urnes…

Et comme c’est une histoire vraie, ça me revient, il avait un surnom, Martel. Mao-spontex dans sa jeunesse, il savait se battre. Il passe à l’hôpital pour son traitement, on ne le laissera plus sortir. Il s’est mis à marcher avec un déambulateur puis à rester au lit. Il aimait qu’on lui rende visite avec des copines aux lèvres écarlates, les infirmières se laissaient genti- ment draguer. Il n’avait probablement aucune famille, un frère viendra récupérer sa bagnole. Alors qu’il était si faible, si jaune, si creux, si transparent, il disait en- core je vais sortir pour le faire. On se relayait en se donnant des informations dans le couloir. Les petits crabes qui lui bouffaient l’intérieur n’étaient pas contagieux, pas comme pour le Covid. Qu’est-ce que je me fais chier, il disait, quand je ne dors pas je m’ennuie, et quand je dors je rêve certainement que je suis mort. Et j’ai beau fouiller dans ma mémoire je ne me souviens plus de son enterrement. Le seul autre souvenir qui me reste, c’est d’avoir collé l’année d’avant des affiches avec lui avec un seau bleu ciel rempli de colle Perfax trop épaisse, et on buvait de la bière avant minuit, moi qui n’en buvais jamais, et il m’avait dit que s’il allait y avoir de la bagarre il aimerait cogner fort, il racontait cela pour me faire peur. Certainement, toute cette histoire, ce n’était pas vrai.

Ambroise Perrin

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