Ambroise Perrin
Suzanne est une sacrée aguicheuse, elle se tape des vieillards, ça se sait, et tous se racontent cette histoire. On disait qu’elle se vengeait, qu’elle vengeait les filles qui avaient mauvaise réputation, celles qui avaient pourtant bien plus d’aplomb et d’ardeur que les mecs.
Ses seins gambadaient sous une chemisette transparente, il faisait chaud, elle s’en allait, prétendait-elle, à la rivière se baigner, un pied déjà dans l’eau.
Les petits vieux baveux trouvent un prétexte pour s’approcher, elle rit de leurs mains baladeuses vite audacieuses, et son rire s’enflamme en encouragements. Ce n’était pas une fable de La Fontaine ou une chanson de Georges Brassens, elle minaudait fort peu et les gens bien intentionnés se demandaient si son mari Daniel savait.
Elle faisait commerce avec l’innocence, mais elle n’était pas dupe du double voyeurisme qu’elle provoquait, les gros dragueurs qui lui tournaient autour et les mateurs qui se marraient.
Ordure, dégueulasse, saleté murmuraient les pitoyables pendards qui se réfugiaient dans leur morale bienséante de frustrés. Le curé aurait dit une messe pour son âme. Les matrones voulaient sa peau. Sa copine Bethsabée ne disait rien.
Suzanne embarque ses proies dans les bosquets de drôles de jardins des délices, elle pousse de petits cris stridents qui carillonnent au fond des frocs ; à qui le tour supputent les badauds peu effarouchés, sans penser qu’un jour elle leur trancherait la tête et que tous verraient le sang gicler.