En vain, d’Alsace ; épisode 146 : L’AURA DE LAURA

Ambroise Perrin

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On la remarquait de suite dans le groupe, on ne voyait qu’elle et on se disait qu’est-ce qu’elle est belle. Pourquoi la repère-t-on presque accidentellement mais immanquablement alors que votre meilleur copain qui est dans le sillage, vous avez beau chercher, vous ne le voyez pas ?

L’aura de Laura (ah ah) c’est un port de tête qui s’envole d’épaules impassibles, un pied posé doucement comme si tout était de velours, la pointe qui caresse l’asphalte et le talon long de 11 raisonnables centimètres d’aiguille en sortant des cours. Le regard au-dessus de l’horizon, le sourire monalisien, et l’œil qui dit de suite bonjour, bien sûr dans un reflet d’or.

On hésite à oser se retourner et donc on imagine un conte de fées. En fait Laura a toujours été comme cela, et avant tout sympa, la bonne copine disponible, brillante, elle était la meilleure, elle prêtait ses petits pulls moulants aux élèves de la classe, les profs les reconnaissaient, elle fut la première à passer son permis et à faire l’amie-taxi, et pour sortir le soir les autres parents avaient confiance en elle. Non pas parce qu’elle semblait raisonnable mais peut-être parce qu’elle rayonnait le bonheur, promis, retour avant minuit.

On se revoit donc quarante ans plus tard par hasard, tu n’as pas changé, on aurait envie de recommencer et de poser ses lèvres sur ses lèvres, elle a tout son temps, comme si elle vous attendait, là, devant un café au Brant, et son chemisier si blanc dans un si beau coton si lisse, à la coupe si épurée, laisse deviner une exécutive woman.

Aussi inéluctablement que naturellement, qu’est-ce que tu deviens, tu as des enfants, tu as vécu où, et ton métier, et les copines, tu en as revues ?

On reprend un expresso, je raconte un peu ma vie. Et toi ? Rien, tu sais, depuis le lycée j’ai toujours été très très seule…

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