En vain, d’Alsace ; épisode 138 : AU PIED, COGITO !

Ambroise Perrin

Brutus est mort. Brutus, c’était comme Misère le nom de la chienne qui n’avait que trois pattes, un chien. La mort d’un chien est une histoire de famille, même si tous savent qu’un chien ce n’est pas une personne. Certains pleurent à la mort de leur chien.

Homère raconte que Ulysse essuya une larme lorsque le vieil Argos, son chien qui l’avait attendu pendant 20 ans et venait de le reconnaître, mourut à ce moment-là, car Ulysse feignit l’indifférence pour continuer à être anonyme.

On se trompe, mais on observe souvent qu’un chien c’est un peu un remplaçant d’enfant. Là, c’était une amie qui revenait de trois semaines de mission, un long voyage en Inde. Je l’accueille à l’aéroport. Elle est contente, tout va bien, elle doit donner un coup de fil, je pense à sa maman que je connais et qui est très malade. L’amie s’effondre, des larmes, des cris, elle hurle comme un loup au cinéma, je me demande si elle joue la comédie, non son malheur est sincère. Ce n’est pas sa mère, c’est son chien qui est mort. La copine qui gardait la bestiole n’a rien osé dire avant son retour, un accident, le chien s’est échappé, il a sauté dans la Seine olympique, emporté par les flots.

J’observe cette douleur irrationnelle, désemparé. On ne présente pas de condoléances pour une sorte de machine, perfectionnée certes, mais qui a un instinct simplement mécanique, et qui n’a ni âme ni raison ; un animal, précise Descartes, n’est pas un humain, qui lui dispose de la pensée et du langage.

Bon, aujourd’hui on reconnait qu’un chien est un animal sensible, que c’est un merveilleux compagnon, et pas seulement pour les mamies qui vivent seules et leur achètent du filet de bœuf haché trois fois par semaine.

Il y a tant d’anecdotes tellement plaisantes sur l’attachement des humains à leurs animaux de compagnie. Lors d’un divorce me dit un ami avocat, le plus long est d’organiser la garde alternée du chien. Ce n’est pas mon sujet que de s’amuser à dénoncer l’anthropomorphisme en listant plein d’exemples contraires où les animaux ont eu une attitude extraordinaire.

Je salue au passage le copain qui vient de m’envoyer un e-mail me proposant d’ajourner de 15 jours notre rencontre : ‘je viens de perdre mon chien, cela faisait 13 années ensemble, c’est un moment très difficile’. Je réponds que je comprends. Je ne vais pas ricaner comme je l’ai fait avec l’amie du début de cette histoire : elle ne me parle plus et je pense qu’à cause de Brutus, on est brouillé.

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