Ambroise Perrin
(Texte découvert dans la table de nuit d’un vieux monsieur parti aux Urgences, et qui n’est pas encore revenu) : Demain je fête mes 100 ans et le RNU, (Réseau National Unifié) a déjà publié, comme pour tous les centenaires, ma biographie autorisée. J’ai donc connu Staline (je suis né le jour de ses funérailles), Mai 68 (j’avais 15 ans au lycée), la Chute du Mur de Berlin (j’y étais, journaliste à la télévision), la Signature du Traité de Maastricht (conseiller politique du Président du Parlement européen), le confinement du Covid (j’ai écrit trois livres sur ce sujet, lorsque j’étais bloqué chez moi), j’ai vécu l’envahissement de la Pologne par la Russie (ma photo par hasard à la Une de Libération lors d’une manifestation à Strasbourg), l’échec des Nouvelles Brigades Internationales (mon fils a été déporté en Sibérie), le mariage de Trump et Poutine pour leurs 200 ans (Make America and Russia gay again) et le lancement des 10 m² pour tous (surface individuelle pour cultiver ses rations de survie).
L’OM (l’Ordre Moral) m’a déjà notifié que je ne serai pas autorisé à dépasser les 113 ans, compte tenu de mes faibles périodes de cotisations sociales. C’est une des conséquences de ma frivolité. Heureusement je n’ai pas opté pour changer de sexe afin de devenir une femme, car ce sont elles qui posent problème, les femmes centenaires étant beaucoup plus nombreuses que les hommes. Les grossesses à 60 ans ont renforcé leur système immunitaire, elles ont pris le pouvoir dans la majorité des administrations et diffusent leur propagande dans Les Increvables, leur magazine traduit dans chacune des langues de l’Univers.
Dans mon CCCP (Centre Concentrationnaire pour Centenaires Populaires) j’ai le privilège d’avoir pu garder du papier, (des cahiers et même des livres), en prétendant avoir contracté dans ma jeunesse, vers 70 ans, un début de DCD (Détérioration de la Cataracte Distordante) qui altère ma vision des écrans numériques.
Un contrôleur anti fatuité, (un CAF) vient de passer à l’improviste. Interrogatoire serré sans assistance numérique d’expression orale, et je l’ai impressionné en utilisant dans la même phrase, conformément à la Charte mondiale d’humilité collective, des mots comme dégoût et vanité. Je lui ai parlé de tête, en utilisant également les mots égoïsme, amour-propre, autosatisfaction… Plutôt sympathique, il m’a dit, hors protocole, que je mourrais jeune mais que j’aurais vécu longtemps, grâce aux mots qui se sont glissés dans ma mémoire avant notre programmation par intelligence artificielle. (J’ai trouvé à la lecture de ce texte approximativement testamentaire une componction bien maladroite)
Je ne lis pas, j’écoute et j’entends, les yeux fermés: En vin d’Alsace; épisode « sans vin »: Le débauché des vanités.
Dans la marine, le nombre treize est banni.
En Alsace, celui de « sans vin » est proscrit.
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Excellent!
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