Ambroise Perrin
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Feu rouge, place Brant, les étoiles du Marché de Noël éclairent mal les deux voies qui vont former un goulet d’étranglement bordé de plots jaunes. Comme un barbelé qui empêcherait de narguer l’ambassade de Russie et qui surtout rappellent aux automobilistes qu’ils ne sont pas les bienvenus, avenue des Vosges à Strasbourg.
On rêvasse au volant, cela ne va pas vite, la voiture dans la file à côté fait un bond comme si c’était le moment de démarrer, un petit bond en avant comme si le feu était passé au vert. Et donc machinalement, elle enclenche la première et démarre.
À sa droite, à l’autre feu, un gros camion de livraison accélère pour tromper le feu orange. Mais elle est déjà en train de rouler, elle est engagée. Elle sera tuée sur le coup.
Le chauffeur du 38 tonnes n’a pas compris pourquoi elle avait démarré au rouge. L’autre conducteur, qui avait cru faire une blague, s’est enfui. Les caméras de surveillance ont permis de reconstituer son petit jeu. Il avait essayé d’attirer l’attention de la jeune fille. Une petite drague.
Peut-être voulait-il l’inviter à partager un verre de vin chaud à la cannelle. L’ambiance de Noël c’est cette pseudo euphorie, une mixtion de hasards comme dans un sachet de bredeles un peu rances, avec des circonstances de mauvaise fortune, une excuse de probabilités improbables, et un manque routinier d’attention. Et le malheur, et cela arrive tous les jours, de s’arrêter au feu à côté de la bagnole d’un type à la bêtise arachnéenne.