Ambroise Perrin
Quarante ans de vie commune, ce n’est pas mal, il est 100 % latex, housse en coton, à l’époque ils avaient fait le choix de la qualité. Il est encore ‘très bien’, mais on change de chambre, donc de lit et de literie, avec des matelas pour des sommiers à moteur électrique.
Parvenu à la retraite, beaucoup coupent tous les ponts, même sans renier les années passées. Pour se donner contenance ils font semblant de chantonner ‘pour moi la vie va commencer, et mon passé sort de l’oubli, et sous le ciel de ce pays, mes années passeront sans bruit’. La chanson du jour où ils l’avaient acheté.
La fidélité est une drôle d’histoire, là il s’agit de 1,90 m x 1,40 m, un peu serrés, la chambre était petite, ils étaient encore étudiants, une allégeance avec un côté été et un côté hiver que l’on oubliait de retourner. Ce soir-là ils rentraient du cinéma Le Latin, la tête confuse par leurs premiers émois et par l’intrigue complexe où Humphrey Bogart et Lauren Bacall n’aidaient pas à comprendre le titre du film.
Quarante années de belle densité, de fermeté et de zones de portance, le latex élastique ami de la nuit, 25 cm d’épaisseur remplis d’alvéoles impassibles, et couverts d’une housse qui passait à la machine à laver après un café renversé.
Pourquoi ressentir tant d’amertume à l’idée de se débarrasser de ce matelas sur lequel on passait le tiers des heures de chaque année ? On garde pourtant jalousement les boîtes de diapos qui racontent ce temps aujourd’hui perdu.
« Ce matelas ne sera même pas un souvenir et pourtant, c’est sur lui, oui, que nous avons fait nos trois enfants ».
Ah ah , mon matelas en bambou….je viens de voir qu’il est côté « été »… j’attends encore pour le tourner 1m60 de large, c’est confortable..mais lourd !! Ah « le grand sommeil » je l’ai revu et revu encore sur « ciné classic » ! Bises 🤣😉💌
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