Ambroise Perrin
C’est une histoire pleine d’amertume, Reiser l’a dessinée dans un de ses albums, Vive les Femmes, une femme tombe en panne, pneu crevé, elle a le cric en main et sa petite robe lui colle à la peau sous la pluie, deux ou trois automobilistes font mine de stopper avec un changement de roue lubrique dans le regard, il pleut toujours et les boulons sont aussi serrés que le tissu est galbé sur le coffre arrière par un vain effort sur la manivelle.
Reiser insiste avec bonhomie : un automobiliste s’arrête, poli, aimable, je vais vous aider, allez-vous sécher dans ma voiture, mon épouse vous donnera une serviette pour vos cheveux. Il peine, il se démène, la roue résiste pour prouver qu’elle existe, et puis elle se laisse changer et il range tout dans le coffre.
Quel gentleman, il y a encore des types biens, comment vous remercier, elle prend le cric et assomme son sauveur et Reiser conclut que pour une fois qu’elle rencontrait quelqu’un de magnifiquement bienséant, elle n’allait pas laisser une autre en profiter.
Elle se raconte les pages de cet album en attendant Touring Secours, ici aussi il pleut, le gars a une demi-heure de retard sur l’heure annoncée. Il est juste professionnel, bosse vite et bien, et ne dit rien, signez ici Madame, et bonne route.
Par courtoisie il attend dans son camion qu’elle reparte, bah non, maintenant c’est le démarreur qui refuse de fonctionner, reuh, reuh, reuh… comme si la batterie était à plat.
Il redescend de son engin, soulève le capot, l’étiquette sur la batterie montre qu’elle est neuve, c’est le lanceur qui a lâché, je suis dépanneur mais pas réparateur, je n’ai pas la pièce, montez je vous ramène en ville.
La mécanique lui donne envie de tuer l’humanité et si la batterie est en danger, elle n’est plus prête à se battre, elle déteste tout le monde, qu’ils crèvent tous.