En vain, d’Alsace ; épisode 75 : LA VIEILLE DAME QUI « FAICHIÉ »

Ambroise Perrin

Place Saint-Maurice, dans le coin sous le magnolia mauve et blanc, une belle balançoire à l’écart de cet espace public qui sert de cour de récréation aux écoles privées des alentours et dont les élèves sont donc très courtois. Les gamins se bousculent « pour faire un tour », c’est-à-dire grimper sur la planchette qui sert de siège et monter, à la force des abdominaux et du bon moment pour lancer les jambes, le plus haut possible.

Sauf que ce matin, Madame Meyer, la vieille dame qui habite dans l’immeuble au-dessus de la pizzeria qui était autrefois l’épicerie chez Ahmed ouverte tard le soir, Madame Meyer est assise sur la balançoire. Elle lit son bouquin et n’entend pas les enfants qui demandent poliment s’il vous plaît Madame on peut avoir la balançoire ?

Elle semble sourde. S’il vous plaît Madame il y a un banc là, qui est libre, vous voulez pas y aller ? Elle lève les yeux, fait un beau sourire, et elle ne bouge pas. Mais madame, c’est notre balançoire ! Vous voulez qu’on vous pousse, pour vous balancer ? Non, non, j’aurais trop peur de tomber. Et elle reste assise.

Les gamins se lassent un peu, ça fait un bout de temps que la vieille dame occupe le siège, elle se lève, se dégourdit les jambes en s’accrochant aux deux cordes de la balançoire, les gamins rappliquent : « la prochaine fois dans le tram, vous vous lèverez et vous laisserez votre place aux vieilles dames ! »

Quelle farceuse !

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