En vain, d’Alsace ; épisode 73 : LES GRÉVISTES PARTENT EN VACANCES 

Ambroise Perrin

Puisque ce sont les vacances, amusons-nous avec la grève des trains, la grève des contrôleurs « pour-le-bien-des-voyageurs », (vive la bagnole ? …c’est moins cher…) ; voilà, trois semaines de grève sont terminées, en plein dans les Jeux Olympiques, un premier train part de Strasbourg vers le sud de la France, c’est archibondé et comme c’était le bazar sur les quais, plein de voyageurs se sont faufilés et sont montés dans n’importe quelle voiture, les agents sont débordés, l’essentiel c’est de participer, et de rouler.
 
Deux débonnaires contrôleurs paraissent, pas du genre sympas qui plaisantent en rendant service pour trouver des horaires cachés dans une application secrète, non, des bourrus qu’il ne faut pas embêter ; y’a du monde il faut y aller, les QR codes sont récalcitrants, la dame là, elle est tellement stressée qu’elle ne sait plus sa date de naissance et il y a la petite connasse qui veut absolument s’asseoir à sa place et pas ailleurs, levez-vous madame vous êtes sur MA place, sauf qu’elle s’est trompée la petite hargneuse avec son gros sac et ses bras tatoués, une fois son enregistrement vérifié, non, vous êtes dans la voiture à côté, ici c’est la 13 ; au revoir Madame. Tout le monde rigole.
 
L’un des deux débonnaires me demande mon billet, et avec un grand sourire, je dis très fort « désolé je suis en grève », on continue de rigoler. Comment ça en grève ? Eh bien oui, je suis en grève, vous connaissez ! Ah monsieur, je n’ai pas de temps à perdre, j’ai trois voitures à contrôler… Eh bien moi monsieur, j’ai perdu trois semaines, à cause de la grève… 
 
Sur son visage, les signes du décontenancement précédent ceux de l’exaspération. Et vous allez où comme cela ? À Montpellier ! Montrez-moi vos papiers ! Je prends ma carte d’identité, je la lui montre, il veut la prendre, non, surtout ne pas la lui donner, il la garderait « en otage », je lui dis « je peux vous dicter les chiffres » … D’ailleurs s’il vous plaît montrez-moi votre carte de contrôleur ! Les voyageurs à côté observent, intrigués et amusés, d’autant que le contrôleur marmonne à mon égard ce qui ressemble à des insultes. Il sort sa carte. Moi j’ai pris mon carnet et je note, pas si vite laissez-moi voir, son nom, prénom, matricule, et vous êtes bien né le 28 février 1988 ? Vous faites plus jeune, bravo jeune homme, moi je suis né en 1953, je sais moi aussi je ne fais pas mon âge… Vous êtes sportif ?
 
Le gars va exploser et me lance un menaçant « je reviens » et inévitablement les deux acolytes sont de retour cinq minutes plus tard. Le nouveau joue à l’agent aimable, sort sa machine, tapote, « Montpellier c’est bien cela ? », oui je réponds, et j’ai la carte Senior Avantage Galvanisé, mais c’est inutile de me faire un billet, je suis en grève ! Là, Monsieur d’abord il n’y a pas de réduction dans le train, et ça ne va pas se passer comme cela, vous allez voir au prochain arrêt.


Effectivement, dès l’arrêt à Mulhouse, trois Rambo de la sécurité ferroviaire, deux messieurs en gilet pare-balles et une dame en queue-de-cheval, se dirigent directement vers moi et m’intiment l’ordre de me lever, de prendre mes bagages et de les suivre.
 
Mais pourquoi ? Ne discutez pas, vous allez sortir ! Mais je vous dis que je suis en grève ! Dépêchez-vous le train va repartir vous gênez tous les autres voyageurs ; on ne voyage pas sans billet, c’est tout ! Et il me prend fermement le bras, je hurle « ne me touchez pas » ce qui détend un peu l’atmosphère feutrée d’intimidation de l’équipe d’intervention, toute contente d’avoir un petit incident sous la main… La dame Rambo qui flirte RAID-GIGN demande à trois voyageurs de cesser de filmer avec leur téléphone, moi je réponds « vous êtes peut-être déjà une vedette sur Facebook » … ça rigole…
 
On ne voyage pas sans billet, répète le contrôleur qui veut reprendre la main, et moi je réponds, mais j’ai un billet, regardez, je n’ai jamais dit que je n’en avais pas, et je sors un vrai billet cartonné acheté en gare de Strasbourg la veille du départ, bien imprimé, ça existe encore, je vous ai dit que j’étais en grève, mais moi, je ne suis pas un fraudeur !

Un commentaire sur “En vain, d’Alsace ; épisode 73 : LES GRÉVISTES PARTENT EN VACANCES 

  1. Tu me l’avais racontée mais c’est toujours excellent ! Et puis se venger de toutes les incivilités administratives même symboliquement, ça fait du bien. Bravo Ambroise

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