Ambroise Perrin
La sidération passée, la compassion exprimée, c’est l’heure des questions. L’histoire n’est vraiment pas ordinaire, mais elle n’est pas improbable et avec tous les éléments reconstitués, elle se raconte aisément.
On dit « le désespéré » lorsque quelqu’un monte un stratagème pour se suicider. Ici le désespéré est un salaud. En guerre avec sa famille, sa femme et ses deux enfants. Sa maîtresse l’a largué et a craché le morceau à l’épouse qui depuis explose toutes les 15 secondes. Les enfants sont terrorisés, ils n’ont pas 10 ans et les parents tentent de faire un peu semblant pour qu’ils ne soient pas de petits otages témoins du naufrage familial. Mais bien entendu ils comprennent tout et maladroitement mettent de l’huile sur le feu.
La haine entre les époux dépasse largement les niveaux d’amour fou des jours lointains de fiançailles. Le venin fou.
La grand-mère n’avait jamais téléphoné pour inviter ce dimanche-là toute la famille. C’est la gendarmerie qui de suite a compris qu’il ne s’agissait pas d’un accident. Dans le coffre des bidons d’essence. Entre deux caméras sur l’autoroute après Brumath, moyenne de 170 km/h, des témoins diront avoir été doublés imprudemment. Délibérément il a foncé sur un pilier du GCO pour passer par-dessus les glissières. À la dernière seconde il a ouvert sa ceinture de sécurité et sorti la clé pour bloquer le volant. Un choc effroyable, un feu d’enfer immédiat, les autres automobilistes impuissants.
Mais dans le choc il a été éjecté, on la retrouvé presque par hasard tout cassé, mais vivant, alors que les pompiers procédaient à l’extraction des trois corps calcinés.
Un mois de coma, trois mois de soins intensifs, rééducation. Puis la prison, procès pour assassinat. C’est la sale histoire d’un sale type et il paraît que cela arrive parfois comme cela.