Ambroise Perrin
C’est très sympa, deux grandes photos tirages « artistiques » en noir et blanc, accrochées en vitrine de sa galerie, elles ont la même facture, le même grain et le même contraste pour dire que les deux photos racontent la même histoire. Et sous chacune d’elles une petite vidéo en boucle, les passants s’arrêtent quelques secondes.
De ce côté une grand-mère qui a l’air très fière de bercer un nourrisson, elle donne le biberon à son petit-fils et lui met les fesses à l’air, on connaît ce beau souvenir avec le petit bisou sur le popotin un peu poudré, avant de refermer le lange. La photo encadrée est extraite du film.
La photo de l’autre côté, c’est la grand-mère dans les bras du garçon, elle est visiblement grabataire, la bouche entrouverte, un peu édentée, l’œil hagard, assise dans son lit l’air d’être non pas gênée mais perdue. Un petit plissement de la commissure des lèvres fait subrepticement un signe de remerciement, le jeune homme lui soulève délicatement une jambe pour tirer la couche qu’il a eu du mal à ouvrir, elle est pleine, cela coule un peu, elle cherche à écarter les jambes, il prend le revers de la ouate pour essuyer, le sexe est béant, il plonge un linge dans une cuvette d’eau tiède et répète plusieurs fois le geste où il tient le molleton épais et absorbant du bout des doigts. C’est d’une belle douceur, il essuie à nouveau, il lève la tête et sourit à sa grand-mère, on ne l’entend pas mais il lui parle gentiment, il ouvre une boîte de crème, il sait comment faire, les doigts glissent dans les plis de la peau, c’est peut-être un peu froid, il y a un petit pipi qui s’écoule, de suite absorbé par l’un des linges.
La grand-mère cherche à s’appuyer sur les coudes pour soulever le bassin, il peut remonter la nouvelle couche qu’il referme par des bandes collantes sur le devant, maintenant il lui enfile une sorte de pantalon de pyjama très large, il prend un gant de toilette et lui lave les mains, les rince, les essuie, il fait de même pour les pieds, il lui raconte une histoire, il se tourne vers la caméra d’un air guilleret, il prend un flacon de Chanel N*5, une goutte sur son doigt se pose sur les joues de sa mamie, elle semble déjà dormir, il lui pose un bisou sur le front.
Il y a 25 ans la même séquence n’avait pas été aussi longue.